On l’attrape au vol, dans un taxi qui fonce vers le bois de Boulogne. Jane Goodall est de passage dans la capitale pour quelques jours, et comme à son habitude depuis plus de trente ans, son agenda est plein à craquer. «C’est un cauchemar», admet-elle du bout des lèvres. Enfoncée dans son siège, la célèbre primatologue (89 ans au compteur) paraît bien frêle, fine doudoune sur les épaules et châle à carreaux sur les genoux, ses cheveux blancs rabattus en une éternelle queue-de-cheval. L’image de la vieille dame s’arrête là. L’esprit est vif, le ton mordant. «Les jeunes ont l’impression que leur avenir a été compromis, et c’est vrai. Nous leur avons volé pendant des années et nous continuons à le faire.»
Jane Goodall court le monde pour raconter la biodiversité qui s’effondre, les forêts qui disparaissent et le climat bouleversé. Toute la tapisserie de la vie qui s’effiloche. Messagère de la paix pour les Nations unies, nommée pour le Nobel de la paix en 2019 et conférencière chevronnée, on l’interroge sur cette nouvelle génération de militants, celle de ceux qui s’assoient sur les routes, jettent de la peinture sur les vitres des toiles de maître et haranguent les dirigeants. Elle comprend leur colère, jure-t-elle, pas leur «agressivité».




