La scène se déroule en février 2011, quelques mois avant la chute du régime de Kadhafi. Le Guide de la révolution libyenne, au pouvoir depuis plus de quarante ans, n’a pas encore été lynché à mort. Mais la guerre se rapproche et les familles d’expatriés français ont déjà commencé à être évacuées. Dans cette ambiance crépusculaire, seuls restent à l’ambassade une poignée de diplomates et quelques espions. Jean-François Lhuillier est alors le chef de poste à Tripoli de la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE), le saint des saints du renseignement français. Un soir, il reçoit un coup de fil d’un haut responsable de la «Boîte», le surnom du service. «La décision a été prise d’évacuer l’ambassade dès demain. Vous avez la nuit pour détruire tout ce que vous pourrez et fermer la porte.» Au cours des heures suivantes, en bons soldats, Lhuillier et son adjoint vont appliquer à la lettre les différentes étapes du manuel de destruction fourni par le service pour parer aux crises majeures : ils passent tous les documents à la broyeuse, démontent les serveurs avec des tournevis et explosent les disques durs à coups de masse. Au petit matin, ne restent que des lambeaux de papiers et des morceaux de métal épars. Cette scène saisissante figure dans les mémoires de Jean-François Lhuillier, l’Homme de Tripoli (Mareuil Editions), exercice narratif et introsp
Le portrait
Jean-François Lhuillier, un espion plus si secret
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L’ex de la DGSE, en poste à Tripoli lors de la chute de Kadhafi, livre ses mémoires en toute liberté, sans être passé par le filtre de l’institution.
Jean-François Lhuillier à Paris, le 11 mai. (Albert Facelly/Libération)
Publié le 04/06/2023 à 14h15
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