Mathieu Faivre est rentré dans sa chambre d’hôtel. Il s’est demandé : «Est-ce que je suis un autre homme ?». Il a rangé le «bordel» éparpillé et il a conclu que non. Qu’un séjour en Italie, en février, à 2 000 mètres d’altitude, ne change pas une personne, quand bien même celle-ci repart avec deux médailles d’or autour du cou. Dans les Dolomites, à Cortina, il y a un mois, le skieur de 29 ans est devenu champion du monde de slalom géant (une première pour un Français depuis Jean-Claude Killy, il y a cinquante-trois ans) et champion du monde de parallèle (une première tout court). «Aujourd’hui, qu’un résultat soit bon ou mauvais, j’essaie d’apprendre à être bien avec moi-même. Quoiqu’il arrive, je reste un individu en tant que tel et je peux me considérer.»
Derrière son discours brossé, Mathieu Faivre distille sa sensibilité par touches : il faut déplier les phrases, regarder sous les mots. Si «aujourd’hui» il réagit ainsi, c’est qu’hier il ne le faisait pas. Quand on commence sa carrière en trustant les podiums juniors, en rendant le change au petit prodige (devenu l’un des plus beaux palmarès du ski français) Alexis Pinturault, les attentes voilent les yeux et les espoirs saupoudrent les paroles des suiveurs, des entraîneurs, des instances. Avant Cortina et après dix ans sur le circuit professionnel, le bilan est loin des promesses esquissées par le bonhomme, skieur total, dévoreur de lignes à l’instinct, au toucher de neige aérien, très fort dans «la gl




