L’homme hésite. Il a le sourire gêné de celui à qui on vient de balancer une énormité avec le plus grand sérieux. Lard ? Cochon ? Bacon végétal ? La pression est d’autant plus forte qu’une centaine de paires d’yeux ne perdent rien de son embarras. Mais non, face à lui, Zora von der Blast ne plaisante pas : elle lui propose bel et bien de lui agrafer un morceau de papier sur la fesse. Le spectateur, qui croyait venir assister peinard à une revue de cabaret, se demande peut-être s’il a soudain été happé dans une réédition burlesque de l’expérience de Stanley Milgram sur la soumission à l’autorité. Dans les années 60, ce psychologue américain avait étudié la façon dont les gens réagissent lorsqu’ils sont confrontés à la fois à un ordre et à ses conséquences, en demandant à des volontaires d’appuyer sur un bouton pour envoyer des décharges électriques à d’autres personnes, en fait des acteurs qui faisaient semblant de souffrir. Le spectateur sollicité n’osera finalement pas saisir l’agrafeuse tendue : qu’à cela ne tienne, d’autres membres du public, plus téméraires (ou plus soumis, donc ?), accepteront. Et voilà Zora von der Blast, le bas du corps à peine protégé par les résilles de son collant noir, qui offre tantôt la fesse, tantôt la cuisse à l’agrafeuse maniée par des inconnus, sous le regard du reste de l’auditoire, partagé entre a
Le portrait
Zora von der Blast, tête foraine
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Avaleuse de sabres, cracheuse de feu, l’artiste polonaise aux faux airs de Harley Quinn se produit au Cabaret décadent jusqu’au 29 octobre à Paris.
Zora Van Der Blast à Paris, le 16 mars 2022. (Marguerite Bornhauser/Libération)
Publié le 23/10/2022 à 17h57
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