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Isabelle Autissier

«En montagne comme en mer, on se retrouve toujours en peu en déséquilibre»

Rencontre au sommet avec la navigatrice, écrivain, présidente du WWF France, membre du conseil économique, social et environnemental...

En compagnie d'Erik Orsenna en février 2013, sur la mer de Béring. (©Éditions Paulsen)
ParFrançois Carrel
Grenoble, de notre correspondant.
Publié le 18/04/2017 à 9h24

Quand on fait la course autour du monde, les montagnes sont très présentes. Au passage du Cap Horn, on voit parfaitement les montagnes de Patagonie, dressées au milieu de la mer. C’est à la fois un contraste et une harmonie, elles sont assez brutales et impressionnantes, comme peuvent l’être les mers ! Ces montagnes situées dans des endroits perdus, aux confins du monde, dégagent une beauté intrinsèque, une sauvagerie originelle mais aussi le parfum excitant de tout ce que peut être l’aventure humaine en ces lieux. Autre parenté avec les océans en effet, ce sont des endroits où malgré toutes nos technologies, nous sommes dépassés et où notre vie peut être mise en jeu. Cette hostilité des montagnes, n’est pourtant vraie qu’à l’échelle de l’homme: d’autres espèces y vivent parfaitement bien.

J’ai fait plusieurs grands voyages avec des alpinistes de haut niveau vers ces massifs pour lesquels le bateau est l’unique moyen d’accès, de l’Antarctique au Groenland. Pour que les montagnards puissent réaliser leurs ascensions, il faut s’approcher au plus près, trouver des lieux d’accostage inédits, dans des endroits où personne ne va jamais: c’est très excitant pour un marin. Cette approche douce représente aussi une forme de respect des lieux. Ce sont des lieux où l’on passe sans laisser de trace et cela me plait.

Parfois, les alpinistes nous emmènent avec eux, pour une randonnée à ski, une escalade sur la glace et ce sont des moments forts: si en mer je sais toujours où j’en suis, en montagne je ne suis pas dans mon élément, je ne connais pas les règles du jeu! Je suis un peu plus tendue, dans l’expectative. C’est très plaisant pourtant, car c’est ainsi que l’on apprend, en étant à l’écoute, aux aguets, attentive à comment les nuages évoluent, à l’état de la neige sous ses pieds…

C’est une démarche très positive et stimulante que je partage pleinement, en tant que navigatrice, avec les alpinistes: j’apprécie les situations qui posent problème, les difficultés inédites. En montagne, comme en mer, territoires non stabilisés, on se retrouve toujours en peu en déséquilibre. Ce n’est pas une attirance gratuite pour le risque: je me sens simplement plus vivante. J’aime l’intensité de ce que l’on vit en ne restant pas sur les chemins balisés.

En février 2013, Isabelle Autissier et Erik Orsenna sont partis pour enquêter sur le passage du Nord-Est. Ci-dessous un reportage de 26 minutes, véritable «making off» de leur livre «Passer par le Nord» publié aux éditions Paulsen.

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