Parc national du Diawling (Mauritanie)
envoyée spéciale Dans les cuves posées sur la terre blanche et sèche macère une infâme tambouille, mélange de poils et de produits chimiques. A l'approche des visiteurs, les tanneuses ramènent à la hâte des voiles colorés sur leurs corps dénudés. Elles préfèrent trouer leur peau que leur vêture, aussi les hommes sont-ils interdits ici. A l'aide de bâtons, des gamines en haillons remuent les peaux de chèvre qui trempent dans l'acide. Deux femmes montrent leurs mains rongées par les produits tannants. Ceux-ci ne sont pas chers, ils proviennent en partie de vieilles batteries d'autos. En Afrique, on recycle beaucoup.
Les tanneuses sont heureuses: après des années de disette due à l'assèchement des terres provoqué par la construction de deux barrages sur le fleuve Sénégal, les affaires reprennent. L'eau revient au compte-gouttes dans le delta, grâce aux efforts d'organisations internationales de protection de la nature (1). L'UICN a dépensé plus de 8 millions de francs à ce jour (2) pour tenter de réparer les dégâts des constructions mises en service depuis dix ans. Ces aménagements étaient censés rendre l'agriculture florissante. Ils l'ont anéantie.
Le Sporobolus robustus, sorte de jonc local, repousse dru à présent. Pour le coup, les femmes de Bou Hajra, le village voisin, ont repris le tissage des nattes traditionnelles qui recouvrent le sol des khaïmas, ces vastes tentes maures, fraîches en plein désert. Plus la trame d'une natte contient




