Pourquoi l'opinion publique s'offusque-t-elle davantage lorsque les
scientifiques clonent une vache que lorsqu'il s'agit d'une souris? La première et son lait marquent plus l'affect des hommes que la seconde. Et quand la même opinion découvre que la belle ruminante est devenue carnivore, étant nourrie de farines animales, qu'est-ce qui est en jeu? La seule transgression du régime alimentaire ou une certaine représentation philosophique de ce qui est «naturel»?
Parce qu'après les affaires de vache folle et du «veau Marguerite», Guy Paillotin, président depuis neuf ans de l'Institut national de la recherche agronomique (Inra), se posait se genre de questions, il a doté son établissement d'un comité d'éthique et de précaution le 10 décembre. «Jusqu'à quel point les scientifiques peuvent-ils choquer la société dans les domaines de l'agriculture, de l'alimentation et de l'environnement?» se demande Paillotin, auteur de Tais-toi et mange (1).
La plupart des organismes de recherche ont mis sur pied ce genre de conseil de sages voué à réfléchir aux conséquences de leurs travaux. «Les comités existants s'intéressent surtout aux sujets biomédicaux», constate le président de l'Inra, dont les propres chercheurs se sont souvent écharpés sur les implications morales et environnementales de leurs innovations. «Il y avait donc un espace vide dans cette réflexion générale sur l'éthique, qui ne prenait pas en compte les relations entre l'homme, les animaux domestiques et la nature.»
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