«Le chamanisme est un complexe religieux qui, par ses traits
généraux comme par sa localisation traditionnelle dans les régions septentrionales aurait dû tenter les préhistoriens», écrivait le célèbre préhistorien André Leroi-Gourhan en 1977. Depuis, ils se sont laissé tenter. Pour expliquer ce besoin des hommes préhistoriques à peindre au fond des grottes, l'abbé Henri Breuil (1877-1961) évoquait des rites magiques de chasse destinés à favoriser la capture du gibier. Plus tard, André Leroi-Gourhan propose une lecture structuraliste de la grotte: tous les signes et dessins, leur position, sont inventoriés, répertoriés, il y voit un monde bipolaire fondé sur le couple masculin-féminin. Quand en 1996, David Lewis-Williams et Jean Clottes, conservateur général du patrimoine, publient les Chamanes de la préhistoire, livre dans lequel ils transposent l'interprétation chamanique dans les grottes européennes, les réactions sont très virulentes.
«Réductionnisme». En France, Roberte Hamayon, ethnologue et linguiste, a pris violemment parti contre Lewis-Williams (1): «On a rarement vu pareil réductionnisme, on a rarement vu déterminisme aussi primaire», écrivait-elle à la sortie du livre. Aujourd'hui elle ne renie rien: «Les "prétendues expériences psychologiques de David Lewis-Williams n'ont aucun fondement scientifique. Il faudrait qu'un certain type de transe aille avec un certain type de comportement, mais les chamanes n'ont rien à faire de leur état de conscience, c'est une notion




