Que peut un herbivore face à un carnivore ? Prendre la fuite à temps. Mais s'il a perdu l'habitude d'en rencontrer, combien de temps faudra-t-il à cette «proie naïve» pour réapprendre à se méfier du prédateur ? Beaucoup moins qu'on ne le croit. D'après une longue recherche menée par des Américains et des Scandinaves (1), en une génération, les élans, appelés orignaux au Canada, ont réacquis des réflexes devant le danger que représentent les loups ou les ours. La première génération subit les attaques sans se défendre, mais, très vite, les herbivores adaptent leur comportement, repèrent la présence de prédateurs et les évitent... Et le taux de mortalité retombe au même niveau que dans les zones où proies et prédateurs cohabitent depuis longtemps.
Urine et cris. Les loups, les ours et quelques autres carnivores étant très menacés, on compte plus de 160 programmes de réintroduction de prédateurs dans le monde. Mais aucun ne s'était intéressé à la réaction des proies. Joël Berger, chercheur de l'université du Nevada, et son équipe étudient depuis six ans le comportement des orignaux, en Suède, Norvège, Alaska et Wyoming, face au retour des carnivores. Ils ont utilisé des odeurs et des cris de prédateurs pour observer les réactions : urine de loup, matière fécale d'ours et de tigres pour les odeurs, cris enregistrés de loups, de coyotes et de tigres ainsi que bruit de l'eau courante pour le contrôle. Et les résultats sont clairs : en Alaska centrale, où des grizzlys, des loups et




