A coup de pompes, de chaluts, parfois d'épuisette et de casseroles, ils sont des centaines de marins à combattre les fientes du Prestige dans le Golfe de Gascogne. Les nappes épaisses ont été remplacées par des chapelets de crottes dont le marron laisse imaginer qu'un animal mystérieux aurait pu s'oublier dans l'océan. D'autres ont réapparu. Mais cette espèce, le «Navirum poubellum» n'est hélas pas près de disparaître. Depuis début janvier, la quinzaine de bateaux de la flotte européenne armée par la France et l'Espagne ont repêché 3 000 tonnes de pétrole au large des côtes françaises, trois fois plus que la collecte de l'Erika. Pourtant, les nettoyeurs de la mer ont mangé leur pain blanc. Chaque jour qui passe disperse un peu plus le fioul gluant.
Samedi. A bord de l'Ailette, une partie de l'équipage a été relevé ce matin, après soixante jours de lutte contre le fioul. Ce «supply» est l'un des trois navires civils affrétés à l'année par la Royale pour assurer des remorquages, repêcher des containers à la dérive ou des torpilles. Depuis le 14 novembre, deux d'entre eux, l'Ailette et son sosie l'Alcyon, ramassent la «mierda» qui souille l'Atlantique. Embauché de fraîche date, Brieg est le second de l'Ailette. C'est son premier embarquement avec ses galons de l'école de la Marine marchande. Il s'avoue moins ivre de grands espaces qu'au début de ses études. «Logique, quand on a une copine.» Face à lui, un équipage de gars à qui on ne la fait plus ; certains ont




