Menu
Libération

La culture de la bouse au service de la chouette

Réservé aux abonnés

Publié le 03/09/2004 à 1h59

La chouette des terriers est un de ces animaux discrets ­ 20 cm de pattes en cap ­ que rien ne semble prédestiner à un quelconque vedettariat scientifique, et encore moins à l'honneur suprême d'une pleine page, avec photo, dans la dernière livraison de la très sélective revue Nature. Connue des (seuls) amis des rapaces, cette chouette répond au nom latin de Athene cunicularia car elle a pour usage de gîter, en Amérique du Nord, dans les terriers abandonnés des lapins (cuniculus) et des chiens de prairie, d'y pondre ses oeufs, de chasser en rase-mottes l'insecte et le petit mammifère, et de plonger sous terre à la moindre alarme. Elle a cependant un autre signe tout à fait particulier, généralement occulté des descriptifs ornithologiques et pourtant bien visible sur la photo publiée dans la revue scientifique : elle vit dans des terriers dont l'entrée est ornée d'un archipel d'étrons de belle taille, produits par des mammifères. Douglas Levey, zoologiste de l'université de Floride, s'est penché avec deux collègues sur ce décorum singulier et a démontré, par une minutieuse expérience, qu'il est le fruit d'une aptitude surtout développée par les primates : l'intelligence de l'outil, autrement dit la capacité d'asservir un objet à la satisfaction d'une fin personnelle.

L'objet, en l'occurrence, c'est l'étron. Et la fin, c'est la faim. De l'un à l'autre, il y a une énigme dont la résolution a pris pas moins de dix ans. En 1993, une équipe de chercheurs américains avait découvert q

Pour aller plus loin :

Dans la même rubrique