Merci. Merci aux anonymes jurés de l'institut Karolinska de Stockholm d'avoir choisi, hier, d'attribuer le prix Nobel de médecine 2005 aux Australiens Robin Warren, 68 ans, et Barry Marshall, 54 ans, codécouvreurs de l'origine bactérienne de l'ulcère de l'estomac, l'une des maladies chroniques les plus répandues au monde. Merci d'offrir à l'humanité morose un conte de fées véridique, une aventure où les héros méprisés triomphent et une histoire à la gloire de la raison humaine.
La raison, précisément, ne semblait pas animer le jeune Dr Barry Marshall quand, au début des années 80, il a avalé d'un trait une colonie de microbes qu'il avait patiemment cultivés, le soir, après ses consultations de gastro-entérologie, dans le laboratoire de son patron de thèse, l'anatomopathologiste de l'Hôpital royal de Perth, Robin Warren. Pas raisonnables, les deux larrons, telle était l'opinion la plus répandue dans la communauté scientifique qui les avait entendus présenter, en 1983, leur «hypothèse» : l'ulcère gastrique serait dû à une infection de l'estomac par une bactérie. Fadaise, l'estomac est un milieu si acide, comment peut-on oser penser qu'un microbe puisse y prospérer ?
Warren et Marshall ont pourtant quelques billes. En 1979, l'anatomopathologiste a observé, dans des biopsies de l'estomac réalisées sur des patients atteints d'ulcère, des bactéries bizarres qu'il baptise Helicobacter pylori à cause de leur forme en hélice et de leur présence dans le pylore, structure à la jointure d




