Ils cherchent. Dans les laboratoires publics de France, 76 000 hommes et femmes travaillent à chercher. Que cherchent-ils donc ? Que veulent-ils vraiment savoir ? La question est abrupte. Nous l'avons posée à un échantillon d'une dizaine de chercheurs, échantillon représentatif de rien du tout, sinon de l'extrême diversité de la curiosité humaine. Péché originel, cette pulsion reste, quel que soit le degré de rigueur budgétaire qui afflige les sciences, «le» moteur de la recherche.
Dures ou molles, exactes, humaines ou sociales, biologie, histoire, ethnologie, physique, linguistique, les sciences s'unissent, de plus en plus, pour questionner des objets qui forment un corpus bizarre et dont des chercheurs cherchent sans doute le sens. A la question princeps, on nous a répondu cerveau, sable, SMS, élastique, politique, commerce en ligne, archives, stress des canards, cancer dans le Triangle d'or..., les sondés acceptant de jouer le jeu avec un plaisir mêlé, toutefois, de surprise. «Pour une fois qu'on ne me demande pas ce que j'ai trouvé, mais ce que je cherche !» s'est ainsi exclamé l'épidémiologiste du cancer Françoise Clavel-Chapelon. Le trouveur est utile, glorifié. Le chercheur est occulté. Signe qu'il n'y a pas si longtemps, en fin de compte, que la recherche est considérée comme un métier, et encore moins longtemps que ce métier est délié, en France, d'une obligatoire précarité.
«Ce n'est qu'en 1959, sous de Gaulle, qu'a été créé le premier vrai statut de c




