Des chercheurs tentent de créer dans leur laboratoire des formes de vie qui n'existent pas, mais alors pas du tout, dans la nature.
On pourrait commencer l'histoire comme ça. On dirait ensuite que ces chercheurssont des champions de la voltige génétique, qu'ils savent mieux que personne vous débiter des chromosomes en petits morceaux, interchanger des gènes, et en fabriquer de toutes pièces. On préciserait qu'ils sont américains, patrons d'une société privée, Synthetic Genomics, misant sur une future production de génomes à façon pour l'industrie, et qu'ils se sont intéressés autrefois à la possibilité de créer de la vie sur Mars.
Là, on pourrait faire monter la pression d'un cran en dessinant un cauchemar. On l'appelerait «le triomphe de Frankenstein», même si le leader de l'équipe se nomme Craig Venter (l'homme qui avait séquencé le génome humain en un temps record) et son second, Hamilton Smith, prix Nobel de médecine 1978. On brandirait des images du futur où le cher pays de notre enfance ondulerait sous l'irrésistible avancée de vermines dévorant nos blés blonds. Eventuellement, ça ferait peur.
«Etape symbolique». On peut aussi raconter l'histoire telle qu'elle se présente dans la dernière livraison de Science où Craig Venter, Hamilton Smith et leur équipe du J.C. Venter Institute, près de Washington, expliquent sans modestie excessive, «le formidable défi technique» qu'ils ont relevé : ils ont fabriqué le génome complet d'une bactérie, ce qui constitue irréf




