J'essaie de comprendre les phénomènes qui génèrent les inégalités sociales de santé. De toutes les inégalités - de salaires, d'accès à l'éducation, au logement, à la culture - ce sont sans doute les plus choquantes, car elles contredisent le «droit à la santé» et remettent en cause les principes de solidarité vis-à-vis du risque de maladie, un des socles de notre contrat social. Elles sont pourtant souvent éclipsées par les débats sur les autres inégalités, même si elles ont été évoquées dans les discussions sur l'âge de la retraite : les ouvriers ont une espérance de vie inférieure de sept ans à celle des cadres, et une mortalité deux fois plus élevée entre 35 et 80 ans. Un fait est frappant, dans ce domaine : depuis les années 50 et y compris pendant les «trente glorieuses», les inégalités de santé entre riches et pauvres n'ont cessé de croître, partout en Europe, et particulièrement en France, malgré le progrès médical, l'augmentation des dépenses de santé, la généralisation de l'assurance maladie. Pourquoi ?
Cette question est au coeur de nos préoccupations (1), car la réponse n'est pas aussi simple que le laissent penser deux préjugés largement partagés. Le premier veut que ces inégalités de santé s'expliquent par la fréquence plus élevée des facteurs de risque médicaux (alcool, tabac, surpoids, etc.) en bas de l'échelle sociale. Or ces différences n'expliquent qu'une faible partie des inégalités de santé. Le second veut que les inégalités de santé soient la conséquence




