Le camion était là depuis plus d'une heure, mais il a fait patienter le chauffeur devant l'entrée, histoire d'être sûr que nous ne raterions rien du spectacle. Il faut dire que Benoît Bartherotte avait adoré l'idée de croiser son portrait avec celui du lieu. «C'est vous qui avez pensé à ça ?» interroge-t-il au téléphone. «Pour me trouver c'est facile, je suis comme l'ongle au bout du doigt.» Entendez une corne de rochers acérés, plantée à l'extrémité de la douce langue de sable du Cap Ferret (Gironde).
A la pointe du village, Benoît Bartherotte, 62 ans, règne sur l'enclave la plus méridionale de la presqu'île. Un jardin idyllique ouvert sur le bassin d'Arcachon, et sur ses passes. Un petit bout du monde, où les eaux calmes de l'intérieur rencontrent les vagues de l'océan, et où les courants viennent taper, grignotant inexorablement son domaine. Parmi toutes ses guerres personnelles (et il en a le goût), le grand bonhomme aux yeux verts et à la barbe de corsaire a placé l'érosion en tête de liste.
Dans l'étroit chemin de sable qui traverse le terrain, le chauffeur du poids lourd est à son aise. Il connaît les lieux : vingt-sept ans que les chargements se succèdent à raison de deux par jour en moyenne. Une dernière branche griffe la cabine, et puis émergeant de la végétation touffue, voilà la mer. Le bassin étincelant, si bleu, si calme, la dune du Pyla, blonde et poudrée, les piquets sombres délimitant les parcs à huîtres, et sur la petite plage, dans la criqu




