Menu
Libération
Interview

Demain les hommes…

Réservé aux abonnés

Vision. «Homo sapiens» exploite intensivement son environnement depuis cinquante mille ans. La prochaine étape, c’est la domestication de sa propre espèce, parie Jean-Jacques Hublin, paléo-anthropologue.

Publié le 04/11/2008 à 6h51

Spécialiste des Néandertaliens, Jean-Jacques Hublin dirige le département d’évolution humaine à l’Institut Max-Planck de Leipzig (Allemagne) où collaborent généticiens, biologistes, paléontologues, linguistes et primatologues. Il vient de publier un livre lumineux (1) sur cette biodiversité des homininés dont l’homme moderne est le seul survivant.

Peut-on imaginer de raconter l’évolution future de l’espèce humaine ?

Tout dépend, d'abord, de la façon dont on se représente son évolution passée. Comme une histoire napoléonienne, une épopée. L'ancêtre se redresse, devient bipède, saisit un outil… et nous voilà, nous, les hommes modernes. C'est une success story qui plaît. Elle est linéaire. Elle substitue un mythe scientifique des origines au mythe religieux des origines. Je vois plutôt cette histoire comme une longue suite d'extinctions. C'est une vision moins glorieuse, plus sombre : de nombreuses lignées d'homininés ont coexisté depuis sept millions d'années, formant un buisson dont toutes les branches ont été taillées, au point qu'il y a 20 000 ans environ, il ne restait plus que notre espèce, Homo sapiens. A partir de là, on peut se demander quelle aptitude particulière, née du bricolage permanent de l'évolution, a fait la force de cette espèce. Et si cette aptitude jouera un rôle dans son évolution à venir.

Quelle est donc cette aptitude si déterminante ?

La capacité de l’homme à exploiter intensivement son environnement, grâce à son gros cerveau. Cette caractéristique est évidente au néolithique, quand il domestique plantes et animaux et devient agriculteur. Mais elle était dé

Pour aller plus loin :

Dans la même rubrique