Il y a encore vingt secondes, elle souriait, assise sur le canapé de sa maison, en agitant deux jouets d'enfant dans ses mains nerveuses. Des visages familiers répondaient à ses sourires. Mais ils se sont détournés, emportés par leur conversation lointaine, et échangent maintenant entre eux des mots graves qui résonnent dans la pièce aux murs nus, au plafond bas. «Pas de guérison possible. Sa mère en est déjà morte, son frère est malade. Demain, les enfants peut-être ?» Un tremblement s'empare de son menton. Elle bafouille quelques mots sans logique d'un filet de voix taraudé par l'angoisse. Près d'elle, une jeune femme, sa fille, la rassure en lui caressant le visage. De l'autre côté, une enfant vient s'agripper à son cou. «Il ne faut pas pleurer, Mamie !» Luz Yolanda la regarde sans avoir l'air de comprendre. A 49 ans, cette Colombienne souffre d'Alzheimer depuis dix ans. Au début, ses proches ont été alertés par ses petits oublis, par la succession d'objets qu'elle disait soudain introuvables dans leur maison de Copacabana, à une demi-heure de route de Medellín. Ils ont reconnu la maladie dégénérative qui décime leur famille. Un mal incurable, qui les accable depuis des générations, mais qu'ils pourraient paradoxalement aider à soigner.
Perte du langage et prostration
Face à Luz Yolanda, son oncle Hector, à peine plus âgé, fait le compte sans sourciller : outre sa propre mère, cinq de ses onze frères et sœurs ont été frappés, plusieurs de ses neveux, des cousins. En novembre 2010, racon




