Qu’aurait dit Youri Gagarine en voyant sa fusée, qui propulsa pour la première fois l’homme hors de son berceau il y a un demi-siècle, s’élancer dans le ciel équatorial de Kourou, sur la côte guyanaise, le 21 octobre ? «
Poyekhali !
» («c’est parti !») son fameux cri de joie au moment du décollage du 12 avril 1961 ? Habituée aux chauds et froids intenses de la steppe kazakhe de Baïkonour, la fusée Soyouz s’envole désormais
aussi dans la chaleur permanente et dix fois plus humide de la Guyane française.
Au passage, elle a gagné un portique sur son pas de tir, qui la protège des pluies diluviennes. Son envol depuis Kourou, la semaine dernière, fut le 1 777
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de sa longue saga, et surtout le premier d’une nouvelle carrière. Les amoureux de la technologie spatiale ont salué l’événement avec emphase. Mais c’est une histoire bien plus complexe qui se noue autour de cette nouvelle «première fois» de la vieille dame du cosmos. Une histoire tissée des véritables ingrédients des affaires spatiales : de la politique internationale, des enjeux économiques et de souveraineté, des deniers publics par milliards. Et bien sûr, des technologies qui dessinent les possibles.
Les patrons du spatial - Yannick d'Escatha pour le Centre national d'études spatiales (Cnes), Jean-Jacques Dordain pour l'Agence spatiale européenne (ESA) et le ministre de la Recherche, Laurent Wauquiez - n'ont certes pas lésiné sur le discours convenu, rappelant le rôle de la fusée «mythique» qui ouv




