Au premier étage d'un bâtiment du centre de Montpellier, repose un trésor. Il tient en cinq cartons fatigués d'avoir été trimballés et entreposés à la diable. Placées sous la surveillance d'un requin sorti d'une planche du Trésor de Rackham le Rouge, il y a là 20 000 pages de notes rédigées entre 1970 et 1991, sur de grandes feuilles recrachées par des imprimantes datant de la paléo informatique, ou sur des bouts de cartons. Alexandre Grothendieck, l'auteur de ces «gribouillis», pour reprendre son mot, est l'un des plus grands mathématiciens depuis Euclide aux côtés de Gauss ou de Hilbert. Il a bouleversé les mathématiques comme Einstein a bousculé la physique ou comme Claude Lévi-Strauss a changé le regard de l'homme blanc sur le «sauvage». Lauréat en 1966 de la médaille Fields, l'équivalent du prix Nobel des maths, il est le premier désigné pour recevoir le prix Crafoord imaginé par l'Académie royale de Suède afin de distinguer les disciplines scientifiques qu'Alfred Nobel a négligées. Nous sommes en 1988, et il refuse cette dernière distinction et les dollars qui vont avec. L'argent, il n'en veut pas et les honneurs, il les fuit.
Trois ans plus tard, il se retire du monde des hommes dont il n’accepte pas les compromissions. Cela fait aujourd’hui vingt-deux ans qu’il vit reclus au pied des Pyrénées, dans un village où personne ne va par hasard et dont le nom doit rester secret. Il le souhaite et ceux qui, de loin, le protègent le souhaitent également. Obte




