«Et voilà notre fierté de l'année.» D'un geste large, Nicolas Munier-Jolain, de l'Inra (Institut national de la recherche agronomique) balaye le champ de blé. Nous sommes début juillet, le grain sera moissonné d'ici peu. Le champ semble banal aux yeux du citadin. L'œil exercé de l'agriculteur, lui, aurait tout de suite repéré des détails révélateurs. Cet étrange mélange de blés sur un seul champ, les uns très «barbus», les autres non. Ou la densité du semis, deux fois plus élevée que d'ordinaire. Il sursauterait à la vue de ces quelques chardons, des liserons par-ci par-là, grimpant sur les blés, des coquelicots mettant une touche de rouge. Surtout, au milieu du champ, quelques dizaines de mètres carrés où dépassent de nombreuses têtes de vulpins pourraient bien l'alerter. Des «mauvaises herbes», admet l'agronome qui précise toutefois : «Pas en quantités suffisantes pour affecter réellement le rendement.»
Un garde-manger gratuit
Or, poursuit Munier-Jolain, «ce champ n'a pas reçu le moindre traitement d'herbicide depuis douze années consécutives». Le citadin se contenterait de soulever un sourcil, d'opiner que «c'est bien, une agriculture qui pollue moins». Les agriculteurs, dotés de cette information, se montrent surpris, admiratifs ou dubitatifs, comme en témoignent les visites nombreuses. Selon leur expérience, c'est un champ de mauvaises herbes qu'ils devraient avoir sous les yeux et non un champ de blé où les mauvaises herbes semblent contrôlées à un




