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Interview

«L’ignorance peut être fabriquée»

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Comment arbitrer entre le risque induit par les nouveaux produits et les intérêts du monde industriel boostés par les technologies ? Historien et philosophe des sciences, Dominique Pestre appelle à un débat politique face à un emballement irréfléchi.

Publié le 17/01/2013 à 19h06

Il faut faire de la politique avec les sciences, affirme Dominique Pestre dans son dernier ouvrage A contre-science (1). Il y développe une analyse de l'activité scientifique et des technologies qui débouche sur la question cruciale des choix démocratiques à opérer dans les possibles ouverts par les techniques. Des possibles ambivalents, puisqu'ils offrent des biens, des services et des emplois, mais présentent également des risques nouveaux liés au fonctionnement ou aux dysfonctionnements de ces objets techniques. Ces risques, explique Pestre, sont appréciés, paradoxalement, au regard de la sécurité inédite permise par les technologies issues de la révolution industrielle et des percées scientifiques du XXe siècle.

Le savoir crée de l’ignorance, car il identifie de nouvelles questions. Comment transmettre ce mouvement contradictoire par l’éducation ou l’information ?

Le point de départ de ma réflexion est que tout savoir suppose des simplifications, que tout savoir a donc des points aveugles. Partons de notre état anthropologique : nous ne sommes pas des dieux, mais, au contraire, nous sommes des êtres limités et ce que nous savons est forcément partiel. Les sciences produisent des savoirs utiles et efficaces, mais toujours incomplets et en instance de rectification. Ces limites sont encore plus importantes lorsque l’on se confronte aux technologies, puisque les questions croissent en complexité. Dans l’espace public ou les médias, comme dans l’éducation, il n’est donc pas sage de sacraliser certains types de savoir (de rendre les sciences trop certaines si l’on veut) au détriment d’autres (les savoirs des

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