Les deux monstres se scrutent. Soudain, l’un se précipite sur l’autre, et, dans un craquement, le saisit entre ses affreux crochets pour le soulever de terre. Cris, hurlements, hystérie. Des liasses de billets changent de main. En fait, les bêtes en question sont bien inoffensives. Elles mesurent une demi-douzaine de centimètres et pèsent à peine quelques grammes. Ce sont des scarabées. Il se trouve un pays au monde où des milliers d’amateurs se passionnent pour leurs affrontements : la Thaïlande. Et cet exercice, aux confins du «devenir-animal» cher à Deleuze et du «devenir humain», intéresse l’ethnologie. En tout cas, un jeune ethnologue français, du nom de Stéphane Rennesson.
Stéphane Rennesson ne porte pas de blouse blanche et son «laboratoire», à Ivry-sur-Seine (Val-de-Marne), tient dans une rangée banale de bureaux. Le cheveu en bataille, chemise et jean, il est un exemple du renouveau de cette discipline, dont entend rendre compte le musée du Quai-Branly tout au long de ce week-end (1). Travaillant au Laboratoire d'anthropologie urbaine du Centre national de la recherche scientifique (CNRS) et de l'Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS), il n'hésite pas à braconner sur les terres d'autres sciences humaines, comme la sociologie. Il reconnaît volontiers que l'anthropologie gagnerait à un recours à la statistique, contredisant cette tradition qui voudrait la cantonner à l'étude «qualitative» des comportements. Déplorant le cloisonnement des institutions en F




