«Il faut faire gaffe aux mots.» Gérard Berry, lorsqu'il se voit soumettre une analogie ou une plongée acrobatique dans le concept de «conscience artificielle», oppose cette réaction de prudence scientifique et langagière. Car, s'ils peuvent simuler de manière parfois troublante les processus du vivant, voire de la pensée, les ordinateurs restent «des objets artificiels».
Pourtant, le titulaire de la première chaire de professeur au Collège de France consacrée à l'informatique, créée en 2012, ne mâche pas les siens. «La plupart des dirigeants ne savent, sur l'informatique, rien.» Un silence. Puis il répète, avec énergie, «rien». Un président de la République qui décide d'équiper en tablettes les élèves ? Les dirigeants de l'industrie spatiale qui conçoivent Ariane 5 et la font exploser lors de son premier vol en 1996 pour «une erreur de débutant» dans le code informatique ? Ils en prennent tous pour leur grade. Avec une mention spéciale pour la décision d'un ministre de l'Education nationale qui a supprimé l'enseignement obligatoire de l'informatique en 1998. Un enseignement «arrêté en plein boum d'Internet. C'est incompréhensible. Stoppé au moment où la preuve de son importance devenait massive et manifeste. J'ai fait référence à cette décision dans ma première leçon inaugurale au Collège de France avec la formule "la France entre résolument dans le… XXe siècle" !»
Le train de l’information
Gérard Berry peut se lâcher. Le CNRS vi




