«Je vais vous prendre une goutte de Pink Floyd et deux fioles de Mozart s'il vous plaît.» Peut-être est-ce ainsi que vous passerez commande chez votre disquaire à l'avenir. On apprend en effet dans le New Yorker que le groupe de pop OK Go s'apprête à sortir une nouvelle version de son dernier album, non pas sur CD mais encodé sous forme d'ADN. Le nouvel opus sera vendu dans des petites fioles, chacune contenant quelques gouttes d'eau et près de 100 000 copies de l'album, traduites en brin d'ADN. «Si nous vendons juste une ou deux fioles, nous aurons l'album le plus vendu de tous les temps !», s'enthousiasme le chanteur du groupe Damian Kulash.
Le principe est simple. Dans un premier temps les scientifiques traduisent le code binaire traditionnel (composé d’une succession de 0 et de 1) en code ADN, composé lui, de quatre «briques» (ou nucléotides): A (adénine), C (cytosine), T (thymine) et G (guanine). Une fois le morceau traduit en séquence ADN, l’équipe programme une molécule de synthèse afin de placer les nucléotides dans le bon ordre et le tour est joué.
«C'est évidemment une démarche artistique autant qu'un projet scientifique, mais pas forcément le moyen le plus efficace d'acheter notre album», confie cependant le leader du groupe au New Yorker. Impossible en effet de lire cet album, ou plutôt de le «décoder», sans tout un équipement présent dans seulement quelques grands laboratoires.
Cette initiative a tout de même le mérite de mettre au jour l’extraordinaire capacité de stockage de l’ADN. Pour donner un ordre d’idée, si l’ensemble des données de tous les serveurs du monde étaient codées de la sorte, elles pourraient tenir dans une grosse valise de voyage. De plus contrairement à tous les moyens de stockage actuel l’ADN a la particularité d’extrêmement bien résister aux affres du temps. L’information qu’il contient peut-être conservée des milliers d’années sans altération, s’il est stocké dans de bonnes conditions.
Une idée qui est venue à Damian Kulash lorsqu'il a découvert les travaux du biochimiste Sriram Kosuri, qui a réussi à retranscrire tout un livre sur de l'ADN synthétisé. «Dès que j'ai appris pour le livre je me suis dit "c'est comme ça que l'on sortira notre prochain album", explique-t-il. On entend depuis peu que les nerds sont les nouvelles rock stars, l'inverse est aussi vrai!»
Kulash, qui a suivi un double cursus science informatique/musique à l'université, n'en est pas à son coup d'essai. En 2006 le groupe avait été à l'origine de l'un des premiers gros buzz d'internet, avec son clip Here it goes again.
OK Go s'était également associé à Google pour créer un clip interactif intégralement basé sur le langage HTML. L'internaute doit se rendre sur une page où il est invité à rentrer le message de son choix qu'il verra automatiquement intégré au clip.
La passion du groupe pour les nouvelles technologies se double d’un goût prononcé pour la démesure. En témoigne la dernière réalisation du quatuor qui pour l’occasion a fait appel à plusieurs centaines de figurantes.




