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Chez les militaires, le faisceau sous le sceau du secret

Les armées cherchent des débouchés pour les lasers, dont l’utilisation reste trop énergivore.

Publié le 23/04/2015 à 17h06

Les militaires ont un certain don pour alimenter les fantasmes les plus fous autour du laser. Surtout lorsqu'ils sont américains. Début mars, le groupe d'armement Lockheed Martin assurait, photo à l'appui, être parvenu à carboniser le moteur d'un pick-up avec un puissant rayon laser, en quelques secondes et à deux kilomètres de distance. Une démonstration de force qui rappelait la vidéo à la sauce Star Wars diffusée deux ans plus tôt par l'US Navy. Celle-ci montrait l'un de ses navires incendier un petit drone en plein vol à l'aide d'un canon laser.

Graal. Qu'en est-il en France ? Contactée par Libération, la Direction générale de l'armement (DGA) assure que l'armée ne dispose pas d'armes laser capables de détruire des cibles. Même à l'état de prototypes. Une chose est sûre : elle s'y intéresse depuis longtemps. Eneka Idiart-Barsoum, ancienne employée de Cilas, une filiale d'Airbus, a coordonné de 2002 à 2010 un programme visant à détecter un hélicoptère, à le pister puis à aveugler ses systèmes d'observation à l'aide d'un faisceau laser : «Nous avions réussi, mais le système d'arme nécessitait un camion entier dédié à l'alimentation électrique.» Un poil encombrant.

Pour intégrer l'arme dans un véhicule léger, la DGA a lancé à l'automne un nouveau programme de recherche centré sur les lasers à fibre. Dans ceux-ci, des faisceaux issus de plusieurs sources laser sont amplifiés séparément dans des fibres optiques puis recombinés en un seul rayon. Cette technologie est vue comme le nouveau Graal : elle est compacte et les impulsions délivrées sont puissantes et ultracourtes, équivalentes à la centaine de femtosecondes. A l'Ecole polytechnique, les lasers à fibre sont au centre d'un partenariat lancé début février avec l'électronicien Thales. «L'objectif est de mettre soixante fibres en parallèle et d'atteindre au moins 10% de rendement à la prise, soit 1 000 fois mieux que les lasers solides de grande puissance actuels», observe Guillaume Petite. «Nous pourrons envisager d'utiliser cette technologie lorsque nos objectifs techniques et scientifiques seront atteints. Cela dépendra aussi de ses performances, de son coût, de ses contraintes d'emploi - en comparaison d'autres technologies classiques comme l'artillerie et les missiles. A voir une fois les études menées», glisse-t-on à la DGA. Selon la taille des cibles, «il suffira de mettre suffisamment de fibres en phase», estime Eneka Idiart-Barsoum. C'est d'ailleurs tout le défi.

Vibrations. Faut-il s'en inquiéter ? «Ça m'étonnerait qu'on s'en serve pour abattre des cibles humaines. La puissance requise serait telle que ça n'aurait pas d'intérêt. Il y a d'autres armes plus efficaces», estime Thierry Bosch, du Laboratoire d'analyse et d'architecture des systèmes de Toulouse (CNRS).

De son côté, l’Office national d’études et de recherche aérospatiale (Onera) développe un instrument laser qui, pointé sur une cible, parvient à en mesurer les plus infimes vibrations. Parmi les applications envisagées figurent la détection et l’identification de véhicules cachés dans un paysage, mais aussi l’écoute d’une conversation à travers une vitre - par traduction des vibrations enregistrées sur celle-ci. Voilà qui pourrait tous nous concerner un jour.

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