Il ne s’agissait au départ que d’une fouille préventive dans le cadre de travaux prévus sur une route départementale. Mais des chercheurs ont annoncé fin octobre avoir mis au jour une vaste nécropole romaine à Hyères (Var). La découverte a été réalisée à proximité de la colonie grecque antique d’Olbia, qui aurait fait office de nécropole lors de l’occupation romaine, entre le Ier et le IIIè siècle après J-C.
Les équipes du service archéologique du département du Var et de l’Institut national de recherches archéologiques préventives (Inrap) y ont exhumé pas moins de 160 structures de crémation, dans un excellent état de conservation.
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Réparties sur une superficie de 800 m² et apparemment toutes semblables, ces structures attestent d’un usage continu du lieu et des pratiques qui y étaient mises en œuvre pendant plusieurs générations.
Elles révèlent ainsi la particularité du lieu : «une seule pratique funéraire est attestée», écrit l’Inrap. Alors que sur d’autres nécropoles de cette époque, des traces d’inhumation ont été retrouvées aux côtés de signes de crémation, seule la deuxième option a été utilisée à travers les âges sur le site de l’actuel Hyères. Cette perpétuation montre la cohérence et la transmission de cet usage.
Le rituel de réduction en cendre des corps, particulièrement codifié, a d’ailleurs été identifié par les archéologues. Après avoir creusé une fosse, un bûcher était installé sur celle-ci et accueillait une structure en bois sur laquelle reposait le corps. Entouré d’effets personnels, le cadavre était ensuite brûlé par des flammes dont l’intensité reste visible : «La chaleur intense du feu, alimentée par l’air, rougit les parois de la fosse dans laquelle les bûches s’effondrent, laissant des indices visibles de la cérémonie», souligne l’Institut national de recherches archéologiques préventives.
Des conduits pour maintenir le lien avec les morts
Autre «spécificité» découverte sur les lieux selon les chercheurs : une sorte de tube était également construit au niveau de la tête du défunt. Une fois la tombe recouverte, ce «conduit à libation» créé pour faire couler certains liquides, permettait de maintenir un lien entre les morts et les vivants.
Au bout des conduits, une coupe ou un vase enterré servait à recueillir et contenir «les offrandes (vin, bière, hydromel) versées afin d’honorer le défunt ou d’assurer sa protection lors de commémorations». Autant de découvertes auxquelles d’autres pourraient encore s’ajouter.
Selon l’Inrap, non loin de la nécropole qui vient de sortir de terre, «d’autres zones funéraires, identifiées par des diagnostics […], suggèrent qu’un espace encore plus important dédié aux défunts longeait à l’époque romaine une voie côtière prenant sans doute la direction de la ville de Toulon». Le littoral varois n’a donc sans doute pas encore révélé tout son passé.




