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Origine

Et si le lion de Venise venait de Chine ?

Selon des chercheurs italiens, le plomb composant la statue proviendrait de Chine et son style a des similitudes avec les sculptures de la dynastie Tang.

Une représentation du lion de Venise datant de 1894. (NPL/Opale)
Publié le 04/09/2025 à 11h02

La statue du lion ailé de Venise qui trône sur la place Saint-Marc est un mystère. «Nous ne savons pas quand elle est arrivée à Venise, où elle a été retravaillée, qui l’a réalisée, ni quand elle a été érigée sur la colonne où elle est encore visible aujourd’hui», explique dans un communiqué l’archéologue Massimo Vidale de l’université de Padoue. Son style ne correspond pas aux conventions locales de l’époque et la sculpture a visiblement connu une première vie avant d’être installée sur la piazzetta : ses premières ailes étaient différentes, ses oreilles ont été raccourcies et sa tête était jadis ornée de cornes.

Dans un article, paru ce jeudi 4 septembre, dans la prestigieuse revue Antiquity, Massimo Vidale défend une thèse surprenante. Et si ce symbole de la cité des Doges, sommet d’une des deux colonnes bordant la lagune, provenait de Chine ? Après tout, la plus ancienne mention de cette sculpture de bronze remonte au 14 mai 1293, au moment où celle-ci avait déjà été endommagée et avait dû être réparée. La colonne de granite violet sur laquelle trône le lion serait, elle, arrivée à Venise peu avant 1261.

Pour éclaircir le mystère, des scientifiques ont analysé les isotopes du plomb. En archéologie, ceux-ci sont utilisés comme traceurs géochimiques et permettent de relier les métaux à leur gisement de minerais d’origine. Surprise : le minerai de cuivre utilisé a été extrait le long du cours inférieur du fleuve Yangtsé, en Chine.

Un «gardien de tombe» de la dynastie Tang

Jusqu’à présent, les hypothèses sur sa provenance évoquaient soit une fonderie vénitienne du XIIe siècle, soit une localisation inconnue en Anatolie (la péninsule turque) ou dans le nord de la Syrie à l’époque hellénistique (323 – 30 av. J.-C.). Tout faux, selon Massimo Vidale qui défend la possibilité d’un réassemblage à partir d’un «zhènmùshòu», un «gardien de tombe», de la dynastie Tang (618-907). Des créatures arborant des «museaux léonins», des «crinières flamboyantes», des «cornes et des ailes dressées attachées» aux épaules et des «oreilles pointues et relevées», explique l’étude.

Bien que réalisés dans des matériaux différents, les «zhènmùshòu» parvenus jusqu’à nous présentent des similitudes stylistiques avec le lion vénitien, notamment le museau bulbeux, la position latérale des oreilles ou le pli marqué du front.

Comment le lion est-il parvenu jusqu’à Venise ? Peut-être dans les bagages de Niccolo et Maffeo Polo, le père et l’oncle de Marco, avancent les auteurs. Vers 1265, ces marchands itinérants fréquentaient la cour de l’empereur mongol Kubilaï Khan à Khanbalik, l’actuelle Pékin. Ils auraient pu y trouver une sculpture Tang démontée et avoir l’idée «audacieuse» de l’envoyer à Venise pour qu’elle y soit transformée, suggèrent-ils.

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