Sur des centaines de mètres, des empreintes de pas très particulières dans lesquelles on distingue parfois nettement des orteils et des griffes. Ce mardi 16 décembre, le président de la région Lombardie, Attilio Fontana, a annoncé la découverte de traces de dinosaures dans les Alpes italiennes. «Cet ensemble d’empreintes de dinosaures est l’un des plus importants d’Europe, voire du monde», s’est-il félicité lors d’une conférence de presse.
Vieilles de plus de 200 millions d’années, elles ont été découvertes en septembre dans le parc national du Stelvio, dans le nord de l’Italie, entre les villes de Bormio et de Livigno, qui accueilleront dans moins de deux mois certaines épreuves des JO d’hiver. C’est le photographe naturaliste Elio Della Ferrera qui a repéré les empreintes pour la première fois sur une pente rocheuse quasi verticale. Certaines mesuraient jusqu’à 40 centimètres de diamètre.
Des prosauropodes et des archosaures
Ferrera a fait appel au paléontologue Cristiano Dal Sasso, du Musée d’histoire naturelle de Milan, qui a réuni une équipe d’experts italiens pour étudier le site. «Ce lieu regorgeait de dinosaures. C’est un immense patrimoine scientifique, a déclaré Dal Sasso dans un communiqué. Les empreintes parallèles témoignent clairement de troupeaux se déplaçant de manière synchronisée. On y trouve aussi des traces de comportements plus complexes, comme des groupes d’animaux rassemblés en cercles, peut-être pour se défendre.»
Les empreintes, actuellement recouvertes de neige et hors des sentiers battus, sont conservées dans des roches dolomitiques datant d’environ 210 millions d’années. La plupart des empreintes sont allongées et ont été laissées par des bipèdes. Les mieux conservées portent des traces d’au moins quatre orteils.
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Cela suggère qu’elles appartiennent à des prosauropodes, des dinosaures herbivores au long cou et à la petite tête, considérés comme les ancêtres des grands sauropodes du Jurassique, tels que le brontosaure, selon les experts. Les prosauropodes possédaient des griffes acérées et les adultes pouvaient atteindre 10 mètres de long. Il n’est pas exclu que certaines empreintes soient celles de dinosaures prédateurs ou encore d’archosaures, les ancêtres des crocodiles, précise les chercheurs.
«Un livre de pierre»
Les empreintes se trouvent aujourd’hui sur une pente quasi verticale due à la formation de la chaîne alpine. Mais lorsque les dinosaures parcouraient cette région, celle-ci était constituée de vasières s’étendant sur des centaines de kilomètres, et le climat était tropical.
«Les traces ont été formées lorsque les sédiments étaient encore meubles et saturés d’eau, sur les vastes vasières entourant l’océan Téthys, a expliqué l’ichnologue (qui étudie les traces ou les signes d’activité laissés par les organismes vivants) Fabio Massimo Petti, cité dans le communiqué, en référence à cet océan préhistorique. La plasticité de ces boues calcaires très fines, désormais transformées en roche, a permis de préserver par endroits des détails anatomiques vraiment remarquables, comme les empreintes des orteils et même des griffes.»
Les traces ont ensuite été recouvertes de sédiments qui les ont protégées, mais le soulèvement des Alpes et l’érosion des flancs de montagne les ont fait réapparaître au grand jour. «Comme les couches contenant les empreintes sont diverses et superposées, nous avons une occasion unique d’étudier l’évolution des animaux et de leur environnement au fil du temps», souligne géologue Fabrizio Berra. C’est comme lire «les pages d’un livre de pierre».




