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Biologie : James Watson, qui a découvert la structure de l’ADN, est mort à 97 ans

Le biologiste américain, réputé pour sa découverte majeure mais également pour ses dérives racistes, est mort ce vendredi 7 novembre. Il avait eu le prix Nobel de médecine en 1962.

James Watson dans les années 60. (Underwood Archives/Getty Images)
Publié le 07/11/2025 à 21h09, mis à jour le 07/11/2025 à 21h29

James D. Watson, biologiste américain brillant mais controversé est mort ce vendredi 7 novembre à l’âge de 97 ans. Il est à l’origine, avec son collègue Francis Crick, de la découverte en 1953 de la structure de l’ADN, molécule du patrimoine génétique qui a marqué le début de l’ère de la génétique et jeté les bases de la révolution biotechnologique de la fin du XXe siècle.

Sa mort a été confirmée par le Cold Spring Harbor Laboratory de Long Island, où il a longtemps travaillé. Au cours de ses dernières années, la réputation de Watson a été ternie par ses commentaires sur la génétique et la race qui lui ont valu d’être ostracisé par la communauté scientifique. Même dans sa jeunesse, il était autant connu pour ses écrits et son caractère d’enfant terrible - notamment sa volonté d’utiliser les données d’autres scientifiques pour faire avancer sa propre carrière - que pour ses travaux scientifiques.

Né le 6 avril 1928 à Chicago, James Watson a fait des études d’ornithologie et de biologie. De retour d’un congrès à Naples où sont présentés des travaux sur l’ADN (acide désoxyribonucléique), il s’attaque à l’étude de la structure de cette molécule. A l’époque, les scientifiques savent que l’ADN est le support du patrimoine génétique des êtres vivants et qu’il est composé de quatre types de molécules plus petites, appelés nucléotides, qui constituent les quatre lettres de l’alphabet génétique (A, C, T et G). Mais ils en ignorent totalement la forme.

En avril 1953, James Watson publie avec le Britannique Francis Crick un article d’une seule page dans la célèbre revue scientifique Nature. Les deux scientifiques y décrivent pour la première fois la structure en double hélice de l’ADN. Les nucléotides s’y assemblent par paires : A avec T et C avec G. Cette structure permet de comprendre comment se copie et se transmet l’information génétique contenue dans chaque cellule.

«Nous pensons que l’ADN est un code. En d’autres mots, nous pensons avoir trouvé le mécanisme de copie de base qui fait naître la vie de la vie», écrit Francis Crick à son fils. Crick, décédé en 2004, a alors 36 ans et Watson seulement 25 ans. En 1962, James Watson reçoit le prix Nobel de médecine conjointement avec Francis Crick et le bio-physicien néo-zélandais Maurice Wilkins. Leur travail, qui révolutionnera aussi bien la recherche médicale que l’agronomie ou les biotechnologies, est reconnu comme une des plus grandes découvertes scientifiques de tous les temps.

Premier humain au génome entièrement séquencé

Après le Nobel, Watson enseigne à Harvard, puis prend la tête du laboratoire de Cold Spring Harbor, près de New York, qui devient sous son égide un des centres de recherche les plus réputés du monde. En 1990, il dirige le projet gouvernemental américain de séquençage du génome humain, mais démissionne deux ans plus tard, opposé à l’idée de déposer des brevets dans ce domaine. En 2007, il devient le premier être humain dont le génome est entièrement séquencé.

C’est aussi cette année-là que sa réputation est irrémédiablement ternie. James Watson est depuis longtemps coutumier de paroles outrancières. Dès les années 50, il s’était fait remarquer par des propos peu amènes sur le physique de la chercheuse Rosalind Franklin, autre pionnière de l’étude de l’ADN. Une cristallographe dont le travail avait pourtant été décisif dans la découverte de Watson et Crick mais que Watson a toujours minimisé. De nombreux historiens et scientifiques estiment que Franklin a été spoliée de la découverte et aurait sans doute dû faire partie des récipiendaires du Nobel, si elle n’était pas morte en 1958.

En 1997, il avait soulevé une première vague d’indignation en estimant qu’une femme devrait avoir le droit d’avorter si des tests pouvaient déterminer que son enfant à naître serait homosexuel et qu’elle ne le souhaitait pas. Dix ans plus tard, c’est un tollé mondial qu’il provoque en affirmant dans un entretien au Sunday Times que les Africains ne sont pas aussi intelligents que les Blancs. Il présente par la suite ses excuses et concède «l’absence de toute base scientifique à une telle croyance».

Mais le laboratoire de Cold Spring Harbor, où il travaillait depuis 40 ans, le suspend de ses fonctions et il est contraint à la démission, à presque 80 ans. En 2019, l’institut lui avait retiré ses titres honorifiques après un reportage sur PBS où il maintenait ses assertions. Se sentant mis au ban par une partie de la communauté scientifique, il avait décidé en 2014 de vendre aux enchères sa médaille du Nobel et de reverser les bénéfices aux différentes universités avec lesquelles il avait collaboré. Elle avait été acquise pour 4,7 millions de dollars par un milliardaire russe, qui la lui avait rendue en signe d’admiration.

Mise à jour à 21 h 30 avec plus d’éléments sur sa vie.

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