Menu
Libération
Silicone Valley

Meta : en désaccord avec Zuckerberg, le pionnier français de l’IA Yann Le Cun serait sur le départ

Le chercheur, souvent considéré comme le «parrain de l’intelligence artificiel», aurait annoncé à ses collaborateurs qu’il allait quitter le géant des réseaux sociaux pour lancer sa propre start-up, révèle ce mardi 11 novembre le «Financial Times».

Yann Le Cun, directeur scientifique en intelligence artificielle chez Meta, à Paris, le 22 mai 2024. (Benjamin Girette/Bloomberg. Getty Images)
Publié le 11/11/2025 à 15h49

Le pionnier de l’IA Yann Le Cun, prêt à passer à autre chose ? Le directeur en intelligence artificielle chez Meta prévoirait de quitter l’entreprise de la Silicone Valley dans les prochains mois, sur fond de désaccords avec le PDG, Mark Zuckerberg, a révélé ce mardi 11 novembre le Financial Times, citant des sources proches du dossier. Selon le quotidien économique, le chercheur franco-américain serait également en pourparlers pour lever des fonds pour lancer sa propre start-up. Ni Meta, ni Yann Le Cun, n’ont confirmé ces informations pour le moment.

Ce départ imminent intervient alors que Mark Zuckerberg réorganise complètement sa stratégie en matière d’intelligence artificielle, afin de rivaliser avec ses concurrents (OpenIA, Google), qui ont une longueur d’avance. D’après le Financial Times, le fondateur de Meta se détourne de son propre laboratoire de recherche, le Fundamental AI Research Lab (Fair), pour investir massivement dans la «superintelligence». Sauf que le Fair est dirigé par Yann Le Cun depuis 2013 et que ses travaux de recherche à long terme ne semblent plus assez efficaces aux yeux de Zuckerberg.

Derniers exemples en date : la sortie ratée du dernier modèle Llama 4, dont les performances étaient inférieures à GPT-4, ou encore DeepSeek R1. Le chatbot Meta IA n’a lui non plus pas réussi à séduire les internautes, toujours derrière les stars Chat-GPT et Gemini.

Superintelligence artificielle

Yann Le Cun soutient depuis longtemps que les LLM (pour «large language models», c’est-à-dire un type de programme d’intelligence artificielle capable de reconnaître et de générer un texte) ne pourront jamais raisonner et planifier comme les humains. Mais son patron est persuadé du contraire : pour lui, la superintelligence artificielle, cette technologie capable de surpasser nos capacités intellectuelles, c’est possible.

Au cours de l’été, le créateur de Facebook a ainsi concrétisé son ambition en créant le Meta Superintelligence Labs. Il a déboursé pas moins de 14,3 millions de dollars pour embaucher à sa tête Alexandr Wang, fondateur de la start-up Scale AI, spécialisée dans l’étiquetage de données. Il aurait également acquis une participation de 49 % dans la société du jeune entrepreneur de 28 ans. Autour de lui, Mark Zuckerberg a personnellement sélectionné sa nouvelle équipe, appelée TBD Lab, «attirant des employés de concurrents tels qu’OpenAI et Google avec des rémunérations de 100 millions de dollars», note le Financial Times.

Peu convaincant

D’autant plus que Mark Zuckerberg est sous pression : les actions de Meta ont chuté de 12,6 % fin octobre, après avoir annoncé une augmentation des dépenses dans l’intelligence artificielle, qui pourraient dépasser les 100 milliards de dollars l’année prochaine. Celui qui veut devenir un «leader de l’IA» peine visiblement à convaincre.

De son côté, Yann Le Cun, lauréat du prix Turing en 2018, s’est plutôt concentré ces derniers temps sur le développement de modèles d’IA qui permettront d’alimenter des machines dotées d’une intelligence équivalente à la nôtre. Selon deux sources du quotidien financier, le prochain projet du chercheur consisterait justement à poursuivre ses travaux-là en particulier. Son départ est le dernier en date d’une série de démissions et de remaniements au sein de la direction et de l’organisation de Meta.

Le mois dernier, l’entreprise a également licencié environ 600 personnes de son unité de recherche en IA dans le but de réduire les coûts, d’éliminer la bureaucratie et de commercialiser plus rapidement ses produits, rappelle le Financial Times.

Dans la même rubrique