Ceux qui pensent que la prostitution devrait être considérée comme une profession aussi légitime que les autres sont incapables de donner des réponses convaincantes à l’une des questions posées par leurs adversaires politiques. Pourquoi la plupart des prostituées sont-elles des femmes ? Pourquoi la presque totalité des clients sont-ils des hommes ? On répond que les femmes peuvent trouver plus facilement des amours d’un soir, ou bien qu’elles n’ont pas de désirs aussi pressants que les hommes. En bref, elles s’accommodent mieux qu’eux de leur misère érotique, ce qui revient plus ou moins au même.
Or, au lieu de considérer cette réponse comme un problème politique, on s’en sert pour appuyer la légalisation de la prostitution. En effet, il y a lieu de se demander pourquoi les femmes sont si fatalistes avec leurs désirs, pourquoi elles se résignent si tristement à leur sort, alors que nous vivons dans des sociétés qui n’exigent d’elles ni la virginité avant le mariage, ni la fidélité conjugale, ni l’obligation de vivre en couple pour entretenir des rapports sexuels.
Si l’on exclut les réponses d’ordre physique à propos des désirs masculins et féminins, on doit en donner d’autres de nature sociale. Pour les femmes des sociétés démocratiques contemporaines, le sexe continue à être quelque chose qu’elles échangent contre des positions sociales, contre des biens matériels et symboliques. Les femmes continuent à se mettre en couple avec des hommes plus riches et plus âgés qu’elles grâ




