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Interview

«On sort de la vision binaire opposant l’amour gratuit au sexe vénal»

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Le sociologue Eric Fassin analyse la distinction entre services sexuels aux handicapés et prostitution.

Publié le 07/03/2013 à 22h06, mis à jour le 09/03/2013 à 13h59

Sociologue à l’université de Paris-VIII, Eric Fassin travaille sur la politisation des questions sexuelles et raciales.

The Sessions, en parlant des services sexuels aux handicapés, interroge-t-il la sexualité de tous ?

Le film montre la sexualité comme on ne la voit jamais. Bien sûr, le cinéma est saturé d'actes sexuels ; mais on n'est jamais appelé à les regarder ainsi, avec le tâtonnement maladroit des corps, l'apprentissage du plaisir en même temps que l'éducation sentimentale. On montre d'ordinaire une sexualité transparente - ou opaque, comme dans la pornographie. Ici, comme les personnages, on explore la sexualité, pour savoir quel sens lui donner. Quand on parle handicap et sexualité, le risque, c'est de verser dans la compassion. On met alors l'accent sur la «misère sexuelle» : «Les pauvres…» Mais le film de Ben Lewin fait de la personne en situation de handicap un sujet, et non un objet : dans The Sessions, c'est Mark O'Brien [interprété par John Hawkes], écrivain et poète, qui raconte son histoire.

Ce film invite-t-il à penser différemment la marchandisation du corps ?

The Sessions aborde à plusieurs reprises la question du rapport avec la prostitution. Cheryl, l'assistante sexuelle, pose la différence : on ne paie pas d'avance, et le nombre de séances est limité ; d'ailleurs, le succès de l'expérience amène à les réduire. Il ne s'agit pas de légitimer l'assistance sexuelle en renvoyant les autres formes de travail sexuel dans l'illégitimité. En revanche, on renonce à une vision binaire de la sexualité, héritée du monde victorien, qui oppose l'amour gratuit et désintéressé au sexe vénal et intéressé. En réalité, il n

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