Ce samedi matin d’automne, le mont Aiguille, citadelle rocheuse emblématique dressée entre Vercors et Trièves, est d’une beauté rayonnante. Une douzaine de randonneurs arrivés de la région lyonnaise se mettent en route à travers la forêt. L’objectif du jour, le tour du mont Aiguille (Isère), est une randonnée alpine sérieuse, longue et variée. Latifa Outin, 50 ans, affiche un large sourire qu’elle ne quittera pas de la journée, même si elle ne voit ni la montagne ni le sentier bientôt escarpé : elle est aveugle.
Elle marche pourtant d'un bon pas, Latifa. Bras tendus devant elle, elle s'est accrochée au sac à dos de Colette, randonneuse avertie, et lui emboîte le pas, lacet après lacet, à un rythme régulier et soutenu. Son pas est stable, elle ne trébuche presque jamais malgré les racines qui affleurent, les cailloux sur le sentier. Colette souffle parfois quelques informations : «Là, il y a quelques grosses racines, suis-moi bien…». Latifa semble deviner la taille des accidents de terrain. Grâce aux mouvements du sac à dos de Colette, elle anticipe et s'élève sans hésiter : «Je suis le rythme, les courbes», explique-t-elle.
«Vital». Derrière elle, Philippe Gaudiez, fondateur et président de l'association GTA Handic'Alpes, organisatrice de cette randonnée, veille lorsque le vide se creuse au bord du sentier : «Nous fonctionnons toujours en triplette, deux accompagnants pour un




