Au téléphone, François a dit oui tout de suite. Il partait justement quelques jours en vacances chez ses parents. L'idée de réunir tout le monde à Nice pour parler le temps d'un déjeuner de leur famille pieds-noirs, du rapport à cette Algérie qui fête les 50 ans de son indépendance, lui paraissait intéressante. François Apap a 47 ans, est né en métropole après le départ d'Algérie. «Il y a une telle distorsion, dit-il, entre les discours et ce que nous en ont dit nos parents…» Trois jours plus tard, en arrivant sur les hauteurs de Nice, le soleil arrose la baie, François part faire le marché ; sa femme, Géraldine, se douche ; son plus jeune fils, Colin, joue devant la maison ; son père, Jean-Paul, bricole au fond jardin. La mère, Marie-Claude, 76 ans, est encore seule dans la cuisine. Elle s'essuie les mains dans un torchon, fait la bise puisqu'elle a les mains mouillées. La maison est ouverte sur le jardin. En-bas, la ville dans sa cuvette. En face, la mer. «Quand on a visité, dit-elle, il y avait tout à refaire mais on s'est dit qu'ici, tous les matins en se réveillant, on verrait chez nous, de l'autre côté.»Jean-Paul, 82 ans, revient du jardin. Il est chaleureux mais François, rentré du marché, confie qu'il le trouve «tendu» à l'idée de «remuer tout ça». Lucas, son fils aîné, 19 ans, arrive. «Allez, on passe à table.»
«Les colons, ces voleurs»
Jean-Paul sert un vin d'orange amère, délicieux.




