L'horreur absolue, impensable dans le hall de notre journal. Dans cet espace que tout le monde ici appelle «l'accueil». Pour Libération, accueillir, c'est affirmer qu'un média appartient à tous et qu'il est à ce titre de plain-pied sur la rue, transparent, sans rien à cacher. Combien de lecteurs du quartier passent parfois une tête devant chez nous pour dire simplement bonjour ou attirer l'attention de tel ou tel journaliste sur une info qui pourrait peut-être l'intéresser ? A notre échelle, celle d'une rue, d'un bâtiment, d'un journal : l'espace public, ce lieu symbolique au cœur de toute démocratie où s'échangent des idées, des valeurs, des convictions. Où nous sommes heureux de vivre ensemble parce que nous savons et sentons que toutes ces choses qui nous dépassent nous réunissent également.
Hier matin, un homme armé d'un fusil a fait feu à plusieurs reprises dans ce lieu, blessant très grièvement le jeune assistant d'un photographe. En quelques secondes, l'accueil est devenu «la scène de crime», «la scène de guerre» comme l'a aussi décrite le ministre de l'Intérieur, Manuel Valls. Les policiers y ont remplacé les journalistes. Ils ont travaillé toute la journée à reconstituer cet acte odieux, barbare, cette profanation.
Depuis ce drame, et après les événements survenus chez nos confrères de BFM TV, les locaux de tous les médias sont désormais sous protection. A Paris, en France, en 2013. Situation insensée, scandaleuse, nécessaire.
Qu’est-ce qu’un journal




