Au «hublot», perché au dernier étage de Libération, le comité de rédaction se termine tout juste. Personne n'est encore au courant de ce qui vient de se passer, quelques minutes plus tôt, dans le hall d'accueil. François Sergent, directeur adjoint de la rédaction, part faire une course. «Là, en sortant de l'ascenseur, j'ai vu un corps à terre. Je n'ai pas compris ce qui se passait. Une personne était déjà à ses côtés, en train de prodiguer les premiers soins en attendant le Samu. Le jeune homme de l'accueil m'a dit qu'ils venaient de se faire tirer dessus et que, lui, s'était réfugié sous le comptoir. Je suis remonté pour alerter.»
A chaque étage, les salariés se rassemblent dans la vis, la rampe qui relie les plateaux du journal. Certains sont incrédules. Les informations parviennent au compte-gouttes, les téléphones sonnent. Des collègues bloqués à l'entrée de la rue Béranger appellent, inquiets. «Pendant quelques minutes, on ne savait pas si le tireur était sorti, ou s'il était monté dans les étages», témoigne Elvire, du magazine Next, arrivée juste après les faits et qui a donc probablement croisé le tireur dans la rue. Au bout d'une vingtaine de minutes, après 10 h 30, certains parviennent à regagner le journal, via le parking. L'information est confirmée : C., assistant photographe de 23 ans, a été blessé par balles. Derrière la fenêtre de son bureau à l'entrée du journal, Jean-Noël, employé aux services généraux, adresse de grands si




