Elle avait attendu que tout le monde soit couché pour poser sa valise dans le couloir de l'appartement familial. Elle est partie discrètement le lendemain à l'aube. Sa mère n'était pas d'accord. «Elle avait peur pour moi.» Son père pas au courant. «Il travaillait beaucoup, on ne parlait pas.» Fatima Mehallel avait 21 ans, l'âge qu'a sa fille aujourd'hui, lorsqu'elle a quitté pour la première fois la cité Olivier-de-Serre, un des quartiers les plus pauvres de Villeurbanne, en banlieue lyonnaise, pour rejoindre la Marche pour l'égalité et contre le racisme. Elle avait entendu parler de cette initiative dans la famille où elle gardait des enfants, des chrétiens de gauche, cousins du père Christian Delorme, à l'origine de cette initiative au côté de Toumi Djaidja.
«J'étais révoltée des conditions de misère dans lesquelles on vivait, par les descentes de flics même si je ne formalisais pas les choses.» Fatima Mehallel ne connaissait pas les autres marcheurs. Comme elle, ils n'étaient pas militants et étaient sortis tôt du système scolaire. Cinquante jours et 1 200 kilomètres dans les pattes plus tard, elle a eu l'impression d'une «renaissance». «Grâce à cette marche, à ces rencontres, j'ai relevé la tête.» Pourtant, au lendemain de la marche, le retour à la cité a été dur. «La précarité ne te laisse pas beaucoup de choix dans la vie.» Elle a une expression curieuse pour décrire la vie d'après. Elle dit : «J'ai repris mon habit de so




