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Prisons : «Ici, c’est le système "marche ou crève"»

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Dans des courriers envoyés au contrôleur général des lieux de privation de liberté, les détenus témoignent de leurs difficiles relations avec l'administration pénitentiaire.
Les détenus qui saisissent la justice pour témoigner de leurs conditions de détention ont souvent droit à des représailles de l’institution pénitentiaire, note Jean-Marie Delarue. (Photo Anne-Christine Poujoulat. AFP)
publié le 11 mars 2014 à 11h44

Dans son rapport annuel, Jean-Marie Delarue, contrôleur général des lieux de privation de liberté, consacre un chapitre à ce qu'il appelle «la figure du procédurier». Un qualificatif désignant les détenus qui s'efforcent de défendre leurs droits en recourant aux «armes de la "procédure"», par exemple en sollicitant la justice. Ce genre de démarche est moyennement apprécié de l'administration. C'est ce qui ressort des témoignages de nombreux détenus qui, tous les ans, écrivent au contrôleur. Nous reproduisons ici deux de ces courriers, in extenso.

«J’ai l’impression d’être considéré comme une m…»

«Monsieur,

«Je vous adresse ce courrier afin de vous signaler l’attitude de ma responsable de bâtiment. Cela fait trente mois que je suis incarcéré à la maison d’arrêt de L., dont vingt-huit mois au service cantine. J’ai toujours eu une attitude polie et respectueuse envers tout le personnel pénitentiaire ainsi que le personnel civil du service des cantines.

«Depuis maintenant trois semaines, je suis dans une cellule de 9 m² avec deux autres codétenus. J’ai attendu deux semaines avant d’écrire à ma chef de bâtiment lui expliquant que cette situation ne pouvait pas durer car trois personnes dans une petite cellule ce n’était pas vivable. J’ai pu discuter de ce sujet furtivement avec celle-ci qui m’a donné comme réponse "Ici, on n’est pas à l’hôtel". J’ai écrit à la [direction], lui expliquant