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tribune

Réforme pénale : halte à la démagogie sécuritaire

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Par
Virginie Gautron
(Université de Nantes - Droit et changement social - DCS)
Laurent MUCCHIELLI
(CNRS - Laboratoire méditerranéen de sociologie - Lames)
Christian Mouhanna
(CNRS - Centre de recherches sociologiques sur le droit et les institutions pénales - Cesdip)
Publié le 01/06/2014 à 18h06

Depuis des mois, des responsables politiques et divers idéologues essayistes se déchaînent contre la réforme de la ministre de la Justice - débattue à partir de mardi à l’Assemblée nationale. Au risque de conforter l’extrême droite, ce lobby sécuritaire manipule et instrumentalise à tout va. Il fait dire n’importe quoi aux statistiques, discrédite la magistrature en l’accusant à tort de laxisme, dénature la portée et les effets prévisibles de la réforme proposée, et oppose avec simplisme les intérêts des victimes à ceux des condamnés. Cette démagogie irresponsable doit être combattue. Non pas parce que la réforme échapperait à toute critique, mais parce que les bonnes questions ne peuvent même pas être posées quand les manipulations polluent à ce point le débat public.

Non, la justice pénale française n'est pas laxiste. Quasi systématiques en matière criminelle, les peines de prison ferme représentent un tiers des peines prononcées par les tribunaux correctionnels hors contentieux routier. Lorsqu'on exclut les délinquants routiers, 70% des récidives se concluent par une peine de prison ferme. A l'inverse, les peines alternatives à l'emprisonnement sont rares. Les travaux d'intérêt général représentent moins de 3% des condamnations pour délits. Enfin, il faut en finir aussi avec le prétendu «scandale» des 100 000 peines non exécutées. Il s'agit pour la plupart de peines qui sont en attente d'exécution. Un tiers des condamnés à une peine de prison ferme sont incarcérés

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