Elle s'appelait Francesca, avait deux mois et demi, et est morte jeudi 1er janvier à la gare Lille-Flandres. Au milieu des voyageurs, à côté du McDonald's et de son point de vente à emporter, dans les bras de sa mère, qui faisait la manche, comme sans doute tous les jours. Température extérieure cet après-midi-là : 4 degrés. Les raisons du décès ne sont pas claires : une chute accidentelle de la mère a été évoquée, mais le bébé, «en arrêt cardioventilatoire», selon la préfecture, ne présentait aucune ecchymose, ni signe d'hypothermie, d'après la Voix du Nord. L'hypothèse la plus vraisemblable serait une mort subite du nourrisson. Le Samu ne fait aucun commentaire, et précise que le parquet de Lille a demandé une autopsie.
Cabanes. La famille est roumaine et venait d'arriver à Lille. Elle avait été repérée pour la première fois il y a trois mois par les travailleurs sociaux de l'Aréas-la Sauvegarde du Nord, une association chargée d'aider les Roms. Le couple a deux enfants, de 3 et 5 ans. Et Francesca, née en France. Ils vivaient dans ce que Bruno Mattéi, du collectif Solidarité Roms et Gens du voyage, appelle «une poche». Pas un de ces campements sauvages où peuvent vivre plusieurs dizaines de personnes, mais un creux du paysage urbain où s'installent deux ou trois abris. Ici, c'était au pied d'un pont, un renfoncement protégé par une butte engazonnée, entre le Zénith et la cité administrative. Cinq ou six cabanes sont blotties les unes contre les autres. Un tuyau sort d'un des toits de fortune, lâchant un filet de fumée qui sent le bois brûlé.
La famille n'avait pas d'attache à Lille. Les parents de Francesca s'étaient installés comme ils pouvaient, aux côtés d'autres sans domicile fixe, principalement des Roumains, qui auraient été pour certains «en voie de clochardisation», comme l'expliquent les relais associatifs. A cause de la fragilité de cette situation, et de la présence du bébé, la famille avait été signalée comme vulnérable. Mais cela n'a pas suffi pour obtenir un hébergement d'urgence. Elle a été inscrite sur la liste du 115, mais ce sont les demandes les plus anciennes qui passent en premier.
Manque. Eric Delhaye, président du Samu social, s'en désole : «En moyenne, pendant la période hivernale, nous avons 300 demandes de places d'hébergement qui ne peuvent pas être satisfaites.» Pourtant, 500 places supplémentaires ont été ouvertes depuis décembre, mais elles restent insuffisantes. Eric Delhaye déplore un manque de lieux et des maires souvent frileux. L'hébergement d'urgence est sous tension et, précise-t-il, «les populations roms ne sont pas prioritaires, car elles vivent dans des campements». Depuis la mort de Francesca, ses parents sont hébergés dans un centre que la protection civile vient d'ouvrir à Halluin, au nord de Lille.




