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Les gens du voyage, cibles préférées des élus populistes

Des politiques ont multiplié les attaques contre Roms et Tsiganes depuis 2013.

Publié le 04/01/2015 à 20h06

Discriminés de leur vivant, les Roms peuvent être aussi visés par des mesures de rejet après leur mort, comme le montre le refus d'inhumer un bébé, par Christian Leclerc, le maire (divers droite) de Champlan, dans l'Essonne. Dimanche, l'édile a nié tout refus, indiquant que sa réponse pourrait avoir été mal interprétée par les services administratifs de sa commune.

«Illusoire». Mais les associations maintiennent leur version. «A ma connaissance, c'est la première fois qu'un élu utilise l'argument selon lequel ce bébé est mort à l'hôpital [dans la ville voisine de Corbeil-Essonnes, ndlr] pour justifier sa décision de s'opposer à un enterrement dans sa commune, souligne Jean-Pierre Dubois, président d'honneur de la Ligue des droits de l'homme. Ce motif est totalement fallacieux, car, en France, plus de 80% des gens meurent à l'hôpital et se font enterrer dans leur commune d'origine. La famille du nourrisson vit dans un campement à Champlan.» Il observe que, depuis deux ans, «des élus non étiquetés FN se lâchent» vis-à-vis des Roms ou, plus largement, à l'égard des gens du voyage, rappelant la sortie de route de plusieurs édiles.

En juillet 2013, le député et maire (ex-UDI) de Cholet (Maine-et-Loire), déclare ainsi, en marge de l'occupation d'un terrain agricole de sa commune par des Tsiganes, que Hitler «n'en a peut-être pas tué assez». Cinq mois plus tard, c'est Luc Jousse, le maire (UMP) de Roquebrune-sur-Argens (Var) qui se fait remarquer : «Ce qui est presque dommage, c'est qu'on a appelé trop tôt les secours», plaisante-t-il à propos de l'incendie qui s'est déclaré dans un camp de Roms de sa commune. Entre-temps, à Croix (Nord), le maire (UMP) Régis Cauche annonce son soutien aux personnes qui s'en prendraient aux Roms : «Les Roms n'ont rien à faire à Croix. Oui, s'il y a un dérapage, j'apporterai mon soutien. La population en a assez.» Presque au même moment, le 17 septembre 2013, le ministre de l'Intérieur de l'époque, Manuel Valls, déclare sur France Inter que les Roms «ont vocation à retourner en Roumanie ou en Bulgarie. […] Ces populations ont des modes de vie extrêmement différents des nôtres et qui sont évidemment en confrontation [avec les nôtres]. C'est illusoire de penser qu'on réglera le problème des populations roms à travers uniquement l'insertion».

Isolé. Depuis ce triste florilège de déclarations à l'approche des élections municipales de mars dernier, le ton semblait être retombé, avant que n'éclate ce week-end l'affaire de Champlan, qui semble pour l'instant un cas isolé. L'Association de solidarité en Essonne avec les familles roumaines et roms (ASEFRR), qui a révélé cette terrible histoire, dit n'avoir pas été confrontée à d'autre cas de ce type. Même propos à l'association la Voix des Roms (LVR). «On n'a pas eu connaissance de faits similaires ailleurs, souligne Saïmir Mile, président de LVR. Mais il est vrai que la plupart du temps, en cas de décès, les proches font le choix de rapatrier le corps en Roumanie, où les autres membres de la famille sont déjà enterrés et aussi parce qu'ils ne se projettent pas en France compte tenu du caractère précaire de leur situation.»

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