Ce jeudi matin, tout est calme aux alentours de la mosquée Omar Ibn Khattab, rue Jean-Pierre Timbaud, dans le XIe arrondissement.
Une mosquée traditionaliste. L'une des plus importantes de Paris. On est à un quart d'heure à pied du siège de Charlie Hebdo. La pluie froide arrose le peu de fidèles qui s'y rendent pour prier. Près du lieu de culte, une vieille femme voilée quémande poliment des pièces. A ses côtés, un jeune homme barbu doté d'une chasuble jaune fluo surveille l'entrée. Craint-il une attaque telle que celles qui ont visé la veille les mosquées du Mans (Sarthe) et de Port-la-Nouvelle (Aude) ? Pas de réponse. Le regard est noir et fuyant. On insiste quand même. «Je ne veux pas vous répondre», finit-il par maugréer du bout des lèvres. Aucun dispositif policier de surveillance n'est apparent aux alentours. «Il n'y en a quasiment jamais», consent à préciser le filtreur. On exprime notre étonnement. Réponse : «Les policiers connaissent très bien leur travail. Ils savent ce qu'ils ont à faire.» Impossible d'en savoir davantage sur le sous-entendu.
Un quadra à doudoune fait mystérieusement des allers-retours entre la mosquée et l’Etoile, le bistrot d’en face qui sert des thés à la menthe. D’après un client, c’est l’un des responsables de la mosquée. On l’aborde. Lui aussi refuse de parler. Et continue à scruter le voisinage à la manière d’un scanner.
Attablé avec un ami, Chakim, Allemand d'origine algérienne, à Paris pour visiter de la famille, finit par lâcher : «Vous savez, déjà en temps normal, les gens ici n'aiment pas parler aux journalistes. Ils ont peur que leurs paroles soient déformées. Alors après hier…» Fin polie de l'échange.
Les regards de la clientèle exclusivement masculine, insistants sans être agressifs, invitent à quitter les lieux. Dehors, des anciens qui ne parlent pas français regardent en silence tomber la pluie. A quelques mètres, marche Ahmed, la vingtaine, «pas spécialement pratiquant». Que pense-t-il du contexte ? «Comme beaucoup de gens de la communauté, j'ai peur des amalgames, des raccourcis des Français sur le mode musulman = terroriste.» Il ne souhaite pas développer, «par peur de dire des choses qui pourraient être mal comprises».
Les commerçants sont plus bavards. «Ici, c'est multiracial et pluriconfessionnel, atteste Christophe, restaurateur. Mais on ne se sent pas en insécurité. Il n'y a pas d'agressions. Les jeunes qui font des conneries, des petits vols de sacs ou de portables, sont connus de la police et surveillés.» Selon Christophe, «le quartier évolue depuis quelque temps entre boboïsation et islamisation». Non loin, un commerçant qui demande à témoigner anonymement dit : «Il n'y a pas véritablement de tensions. On constate juste qu'il y a de plus en plus de femmes complètement voilées et de barbus dans le coin. Et les barbes sont de plus en plus longues.»




