Ils posent avec le maillot Kipsta par-dessus les vêtements chauds, le gilet de laine bleu ou la parka blanche. Les Roms de la zone de l'Union, située à cheval entre Roubaix et Tourcoing (Nord), saluent à leur façon l'inauguration, lundi, du siège mondial de la filiale d'Oxylane (ex-Décathlon) dédiée aux sports collectifs. «On voudrait bien faire partie de leur équipe», souligne Bruno Mattéi, l'un des membres du collectif Solidarité Roms.
L'équipement est impressionnant, avec 20 terrains de sport - football, basket, volley, handball, rugby et même cricket - pour tester le matériel vendu dans le magasin de 900 mètres carrés. «Kipsta, c'est notre voisin», dit en souriant Refik, Kosovar, un des Roms présents. Un «voisin» qui aurait préféré que le campement soit expulsé le 2 mars, comme prévu.
Les caravanes déglinguées, les cabanons de fortune font désordre si près des pelouses vertes soignées, ironise Bruno Mattéi. Mais la cour d’appel de Douai a cassé le jugement, pour un défaut de procédure. Les Roms restent, jusqu’à nouvel ordre. Mais ils sont inquiets. Un huissier est passé pour prendre leurs noms : la société d’économie mixte Ville renouvelée, propriétaire des terrains, qui conduit le réaménagement de cette immense friche urbaine, s’apprête à engager une nouvelle procédure d’expulsion.
Le collectif Solidarité Roms ne jette pas la pierre à Kipsta. Le directeur général de l'entreprise, Franck Demaret, président pendant onze ans de la Fondation agir contre l'exclusion (Face), a une fibre sociale et a demandé que les Roms soient relogés dignement. Ce qui a été possible, via le 115, pour six familles, selon Vincent Boutry, du collectif de l'Union. Pour les douze restantes, les militants lancent un appel pour l'aménagement d'une zone d'habitat léger durable et rêvent du soutien de Kipsta. «On voit les limites de la politique des expulsions, qui envoie les familles zoner dans la métropole lilloise, et aggrave leur situation, explique Vincent Boutry. Mais le parc d'habitat social est sous tension et il est difficile pour un élu de donner un logement à une famille rom quand d'autres familles de la ville attendent. Il faut trouver d'autres solutions.» Comme viabiliser un terrain, avec eau et sanitaires, pour y installer des mobile homes. Du côté de Kipsta, on est prudent : «Les solutions d'hébergement relèvent de la compétence de l'Etat et on ne voit pas comment une entreprise pourrait agir.» Franck Demaret, le directeur général, recevra les associations le 1er avril.




