Une minute de silence jeudi à travers tout le pays et au Bundestag dans la matinée… En Allemagne, l'heure est à l'effroi et à la stupeur, comme après les tueries meurtrières dans des écoles à Winnenden ou Erfurt. «Cette affaire prend une dimension totalement inconcevable. Cette tragédie va au-delà de l'entendement», a estimé Angela Merkel au cours d'une courte allocution télévisée, jeudi, avant de rendre hommage une nouvelle fois à la mémoire des victimes et à leurs familles. «Le gouvernement et les administrations allemandes feront tout leur possible pour soutenir l'enquête afin que toute la lumière soit faite sur cette affaire. Nous le devons aux victimes et à leurs familles», a insisté la chancelière.
«Cauchemar». «Ce n'était pas un accident mais un acte délibéré. Il ne peut y avoir pire pour les familles des victimes», estime le quotidien Süddeutsche Zeitung. Haltern am See, cette petite ville de 38 000 habitants d'où venaient les 16 adolescents morts à bord de l'avion alors qu'ils rentraient d'un échange scolaire, est particulièrement traumatisée. «Je suis en colère. Cette nouvelle me laisse sans voix, anéanti», a déclaré jeudi Ulrich Wessel, le directeur du lycée fréquenté par le groupe d'élèves de seconde. Les adolescents avaient été tirés au sort pour participer à cet échange avec une classe de Barcelone. «Je n'ai pas encore eu l'occasion de parler avec nos élèves, je ne sais pas comment je vais évoquer ce nouvel aspect des circonstances du drame avec eux. Si l'origine de l'accident avait été un problème technique, on aurait pu faire en sorte que ça ne se reproduise pas, a affirmé Ulrich Wessel. Cela nous met en colère de voir qu'un suicide ait également dû conduire 149 autres personnes à la mort.»
«Après avoir pris connaissance des nouveaux éléments, je me demande quand va s'achever le cauchemar que nous vivons ici à Haltern am See», a déclaré pour sa part Bodo Klimpel, le maire de Haltern am See.
«Même dans le pire cauchemar je n'aurais pu imaginer une chose pareille », a affirmé jeudi le président de Lufthansa, Carsten Spohr. Visiblement ému. Lui-même pilote, il a pour l'instant réussi par sa gestion de la crise à épargner l'image de sa compagnie, l'un des fleurons du pays et réputée l'une des plus sûres au monde.
«Le fait qu'il ne s'est pas agi d'un incident technique et qu'on peut parler d'un cas isolé va limiter les conséquences pour l'image du groupe», estime l'expert aéronautique Matthias Günder. «Qu'il ne se soit pas agi d'un problème technique rassure d'un côté. Mais c'en est presque plus choquant. Savoir qu'une instance en laquelle nous sommes obligés d'avoir une foi aveugle peut à ce point trahir notre confiance est particulièrement choquant», écrit à ce sujet le quotidien Frankfurter Rundschau.
«En vain». En Allemagne, plusieurs voix réclament déjà l'obligation d'avoir en permanence deux membres de l'équipage dans le cockpit, décidée jeudi dans la journée par plusieurs compagnies canadienne, norvégienne et par Easyjet (lire ci-dessus). «Je suis favorable à cette mesure», estime le vice-président du groupe parlementaire CDU Arnold Vaatz. «La perfection scientifique et technique et même les meilleures consignes de sécurité n'y pourront rien, si un individu déterminé a décidé de se suicider, relativise toutefois le quotidien Berliner Zeitung. Nous tentons d'expliquer, de réglementer, de contrôler… En vain. Ce crime dépasse toute capacité d'entendement.»




