Le 23 mars, les habitants de Stains (Seine-Saint-Denis) ont assisté, médusés, à un curieux spectacle. D’ordinaire, dans cette ville de 36 000 habitants en banlieue nord de Paris, c’est la brigade anticriminalité (BAC) qui interpelle. Ses méthodes, réputées brutales et cavalières, sont souvent l’objet de tensions avec les Stanois. Mais, cet après-midi-là, ce sont les «baqueux» qui ont fini avec les bracelets… L’Inspection générale de la police nationale (IGPN) est venue en cueillir cinq, dont certains jusqu’à leur bureau du commissariat de Stains-Pierrefitte. Le lendemain, rebelote, un sixième ripoux présumé se faisait coffrer : un gardien de la paix qui avait quitté la BAC il y a peu.
Faux procès-verbaux, racket de dealers, vol de drogue, menaces à l'intention de leur hiérarchie… la liste des griefs qui pèsent sur les six flics est gratinée. Vendredi, le gardien de la paix a été mis en examen pour «association de malfaiteurs en vue de commettre un trafic de stupéfiants». Il a été écroué mais a fait appel de cette décision lundi. Quatre membres de la BAC sont quant à eux poursuivis pour «vol» et «faux en écriture». Deux ont l'interdiction d'exercer leur métier pendant la poursuite des investigations. Le dernier a été relâché sans être poursuivi pour le moment.
«A la Mexicaine». Tout commence en mai 2014. Une jeune commissaire de Stains repère des comportements douteux au sein de ses unités et les signale à la direction territoriale de la sécurité de proximité (DTSP) de Seine-Saint-Denis. Cette dernière saisit illico le parquet de Bobigny, qui juge nécessaire d'ouvrir une information judiciaire. Il faut dire que les «baqueux» cultivent un certain goût pour la polyvalence. Depuis au moins deux ans, certains auraient dérobé de la drogue dans les scellés et auraient racketté des trafiquants. Selon le site du Point, la came était ensuite revendue par des fournisseurs protégés.
Plus exotique, les ripoux présumés se seraient adonnés à des «perquisitions à la mexicaine». En clair, des saisies qui n'ont jamais été ordonnées par la justice. Certains se seraient servis allègrement chez des victimes. Enfin, les investigations portent sur des soupçons de «modification d'une scène de crime» ainsi que sur le vol de 10 000 euros dans une fourrière.
Menaces. Ce dernier point a, semble-t-il, permis aux enquêteurs de faire le lien avec une précédente affaire. En octobre 2014, deux fonctionnaires de la BAC de Seine-Saint-Denis ont été incarcérés. Ils sont suspectés d'avoir participé à un trafic de voitures volées. Or, l'enquête a établi que les consultations informatiques avaient été effectuées depuis des ordinateurs du commissariat de Stains. Se sachant dans le viseur, certains flics auraient alors intensifié leurs menaces à l'encontre de la commissaire. Celle-ci, contrainte de demander sa mutation, a été nommée le 20 mars en Gironde.
Dans un communiqué, le maire communiste de Stains, Azzédine Taïbi, a fait part de sa consternation : «Alors que nous nous mobilisons tous les jours contre les trafics et pour le droit à la sécurité des Stanois, une minorité de policiers entachent gravement le travail que fournissent les agents de la police nationale sur nos territoires.» L'affaire éclate au moment où la ville tente d'obtenir des effectifs supplémentaires auprès du ministère de l'Intérieur. «Nous avons été reçus le 8 juillet et le 19 novembre à Beauvau mais, pour l'instant, nos desiderata restent vains, poursuit le maire. Comment voulez-vous désormais que l'on explique à la population qu'elle doit avoir confiance en sa police ? Si les pires exemples émanent des forces de l'ordre elles-mêmes, on n'y arrivera jamais.»




