Elle incarne le nouveau visage de la police des polices, autoritaire et intransigeant. Marie-France Monéger, 57 ans, est la première femme à diriger l’Inspection générale de la police nationale (IGPN). Nommée en septembre 2012 par Manuel Valls, elle y a rapidement imprimé sa marque tout en évitant soigneusement les récupérations politiques, une prouesse dans une maison gangrenée par les réseaux. On lui doit notamment l’enquête sur Bernard Petit, l’éphémère directeur de la PJ parisienne, limogé début février avec son directeur de cabinet après avoir été mis en examen pour violation du secret de l’instruction. Dans la foulée, Marie-France Monéger a obtenu la tête d’Eric Draillard, numéro 3 de l’IGPN, qui avait eu l’outrecuidance de l’insulter au téléphone alors qu’il était sur écoute… Une célérité dans la sanction qui donne à ses ouailles l’impression d’une «opération mains propres» à la tête de la police. Et confère à la patronne des 260 Bœuf-carottes une image d’incorruptible qui tranche avec les affaires en cours.
Commissaire à la répression du banditisme à Strasbourg, passée par la brigade des stups de Nice - «un de mes meilleurs souvenirs en PJ» confessera-t-elle au JDD en septembre 2014 -, et la section criminelle d'Angers, elle s'offre ensuite une parenthèse inattendue à la police de l'air et des frontières (PAF). En 2013, elle est à l'origine de la plateforme permettant de signaler en ligne les dérapages policiers, façon de rendre la maison plus ouverte au grand public. Le syndicat Alliance (droite) s'en était vivement offusqué, jugeant qu'il s'agissait «d'une plate-forme de dénonciation». Les chiffres s'avèrent moins inquiétants que prévu : sur les 2 600 signalements traités en 2014, seuls 5% ont donné lieu à une enquête.
Mais le grand œuvre de Monéger reste incontestablement la réforme de l'IGPN initiée par Manuel Valls, soucieux de la rendre à la fois plus dynamique et plus transparente. Sous la coupe de sa nouvelle patronne, l'IGPN a absorbé l'Inspection générale des services (IGS) qui, jusqu'ici, opérait comme redresseuse de torts sur l'intrépide préfecture de police de Paris. Une instance plutôt clémente du fait de son placement sous l'autorité du préfet. «L'IGS n'était pas calibrée pour faire mal. C'était comme une grande famille qui préfère laisser prospérer les tabous plutôt que les affronter, explique un cadre du syndicalisme policier. Désormais, l'ambiance est tout autre. Les collègues savent que s'ils déconnent, on va leur rentrer dedans.» Il est vrai que, libérée de cette contrainte organisationnelle, la police des polices défouraille : 600 enquêtes administratives en 2014 et pas moins de quinze fonctionnaires interpellés depuis le début de l'année. Un record.




