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interview

«Toute mesure interdisant la manipulation du téléphone au volant est une bonne chose»

Le ministère a confirmé une série de mesures visant à améliorer la sécurité sur les routes. Retour sur l'interdiction du kit mains libres avec Jean-Yves Salaün, de la Prévention routière.

Une personne utilise son téléphone portable au volant de sa voiture le 4 Janvier 2012 à Marseille. (AFP)
Publié le 05/04/2015 à 11h17, mis à jour le 05/04/2015 à 12h08

Ce sera donc effectif le 30 juin. Le ministère de l'Intérieur a confirmé vendredi une série de mesures destinées à renforcer la sécurité sur les routes, qui entreront en vigueur avant les vacances d'été. Baisse du taux d'alcoolémie à 0,2 g/l pour les jeunes conducteurs, expérimentation de la limitation de vitesse à 80 km/heure… Mais la mesure la plus emblématique est la suppression de tout kit mains libres fonctionnant avec une oreillette. «C'est le gros sujet en matière de sécurité routière, précise Jean-Yves Salaün, délégué général de l'association Prévention routière. La vitesse, elle baisse. En ce qui concerne l'alcool au volant, on progresse chez les jeunes. Ce qui est nouveau ces dernières années, c'est vraiment l'usage du téléphone.»

Cette décision va donc dans le bon sens ?

Oui, toute mesure visant à interdire la manipulation du téléphone est une bonne chose. Pendant qu’on compose un numéro, on ne regarde plus la route et pendant ces deux secondes, on fait plusieurs dizaines de mètres. Avec un système buetooth intégré, le conducteur regarde la route. Mais se pose aussi le problème de l’attention. Si par hasard la conversation est perturbante, lors d’une dispute par exemple, on sait que le regard est fixe, porté vers l’avant, et on ne regarde plus sur les côtés.

Cette mesure ne va pas assez loin ?

C’est déjà une avancée. Il n’y a pas de pays à ma connaissance qui a interdit totalement les kits. L’Espagne avait été en avance, elle avait interdit casques et oreillettes bien avant nous. La France prend le relais, d’autres pays y viendront.

Au-delà du kit, une étude récente montre que les Français sont plus nombreux qu’avant à utiliser leur téléphone au volant.

Oui, la pratique elle-même évolue. En 1999, quand nous avions alerté les pouvoirs publics sur le téléphone, c’était la conversation qui nous préoccupait. Maintenant l’usage a changé, les jeunes appellent de moins en moins et ils utilisent textos et mails. Ce qui est à noter, c’est qu’avec le développement de la pratique, le sentiment de dangerosité diminue. Avant, moins de personnes utilisaient leur téléphone au volant et, quand elles le faisaient, elles savaient que c’était dangereux.

Les sanctions sont-elles suffisamment sévères ?

Trois points de retrait pour une conversation au volant, c’est déjà dissuasif. En matière de contrôle et de répression, il y a deux éléments : la probabilité d’être sanctionné et le montant de la sanction. Le problème, c’est surtout que les contrôles de gendarmes sont encore insuffisants. Mais de toute façon, on ne pourra pas avoir des systèmes de contrôle automatiques derrière tout le monde en permanence, et heureusement d’ailleurs. D’où l’importance de la prévention. Il faut convaincre les gens de modifier leur comportement.

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