C'est un spécialiste des délicates réformes du collège qui parle. François Bayrou, le président du Modem, a appelé à une «manifestation nationale» contre le projet porté par la ministre de l'Education, Najat Vallaud-Belkacem, visant notamment à accorder plus d'autonomie aux établissements. Le même Bayrou, qui, alors qu'il logeait rue de Grenelle, avait essuyé une mobilisation monstre en 1994 contre son projet de réforme de la loi Falloux. Et reculé sur l'essentiel.
«Mépris». D'autres voix se sont élevées pour dénoncer le «passage en force» du gouvernement. De Pierre Laurent, patron «choqué» du PCF, à François Fillon, qui a raillé une «mauvaise» réforme faite de «désordre» et d'«improvisation», en passant par le député UMP Bruno Le Maire, dénonçant «provocation» et «mépris», les opposants à la réforme ont tenté de relancer la mobilisation, au lendemain d'une grève des enseignants suivie par un petit quart des professeurs des collèges publics, selon le ministère (le double selon le Snes-FSU, principal syndicat du secondaire). Et seules quelques milliers de personnes ont défilé mardi à Paris.
Mais la parution au Journal officiel, dès le lendemain, du décret et de l'arrêté concrétisant la réforme a relancé la machine. «C'est ressenti comme une provocation et une marque de profond mépris pour les professeurs qui étaient en grève», a dénoncé Frédérique Rolet (Snes). Sans «geste fort» du gouvernement, «une action nationale de type grève et manifestation» pourrait être décidée ce jeudi, a-t-elle déclaré. Le Snalc, syndicat minoritaire classé à droite, a même appelé à bloquer les épreuves du brevet fin juin. Le patron des députés UMP, Christian Jacob, a lui appelé à l'abrogation du décret décrié.
Echéance. Le gouvernement, de son côté, la joue inflexible, tandis que même certains députés PS légitimistes regrettent la manière employée. «Tous les délais sont tels que nous les avions prévus depuis le début, a assuré la ministre. Il est temps de dire que cette réforme aura lieu.» Elle promet toutefois, «pour répondre aux inquiétudes», «une discussion» sur la circulaire d'application censée permettre la mise en œuvre du texte à la rentrée 2016. Une échéance lointaine pour un projet qui a enflammé la communauté éducative en moins de deux mois, sans crier gare.




