C'est un quadragénaire élégant qui apparaît à l'écran, vendredi, à la cour d'assises des mineurs de Rennes. «C'est un bel homme, hein», souffle un avocat avant le début de l'audition en visioconférence. Costume sombre, chemise et cravate claires, Fabrice Burgaud semble loin de l'image de petit garçon apeuré qu'il avait laissée en 2006, lors de son audition par la commission parlementaire constituée après le fiasco judiciaire d'Outreau.
Dès qu'il ouvre la bouche, pourtant, on retrouve un peu le malaise, les hésitations du magistrat, conscient, d'être toujours considéré comme responsable des échecs de l'affaire. Fabrice Burgaud est là en tant que témoin au procès de Daniel Legrand, l'un des acquittés d'Outreau, accusé de viols sur mineurs et d'agressions sexuelles. Mais c'est un peu son procès à lui aussi. «Tout repose sur vos épaules dans ce dossier», lui lance Me Reviron, l'un des avocats des parties civiles, dont les fils Delay. «Il y a deux solutions: soit Myriam Badaoui [la mère des fils Delay, ndlr] vous a spontanément donné le nom de Daniel Legrand, soit c'est vous qui lui avez donné», ajoute l'avocat.
L'origine de la question, c'est un procès-verbal d'une audition de Myriam Badaoui, condamnée à quinze ans de prison en 2004. Selon la retranscription, elle aurait fait, en 2001, une réponse anormalement longue au juge Burgaud, comme si certaines questions du magistrat n'avaient pas été écrites. Des propos dans lesquels elle donne pour la première fois le nom de Daniel Legrand (le père, aujourd'hui décédé, et le fils, homonyme). Alors aujourd'hui l'avocat demande plusieurs fois la même chose au juge. Et à chaque fois, il répond : «Non, ce n'est pas moi, je ne soufflais pas de noms à madame Badaoui.»
Critiqué par le président de la cour qui trouve «étonnantes» certaines de ses méthodes de travail, Burgaud se cache derrière son jeune âge à l'époque, et sur «le peu d'expérience qui était la [s]ienne». L'ancien juge d'instruction semble convaincu de la culpabilité de l'accusé. «C'est étonnant de s'accuser de choses aussi graves», dit-il . A cela, l'avocat général lui oppose d'autres affaires célèbres, comme celle de Patrick Dils, où des suspects s'accusent à tort de «choses très graves». «Faisiez-vous à certains mis en examen la promesse de libération s'ils vous faisaient des aveux ?» demande le président. «Aucune», répond Burgaud.




